lundi 30 juin 2014

Connaissez-vous Titaÿna, l'aventurière des Années folles ?

J'ai toujours eu un faible (voire une admiration) pour ces personnes et personnages qui ne doutent de rien. Ceux à qui tout semble simple et accessible. Ni plus brillants, ni plus intelligents que les autres, ils ont cette capacité à ne pas douter d'eux-mêmes. A se persuader que tout est possible.

Elisabeth Sauvy-Tisseyre, alias Titaÿna, est de cette race. C'est le portrait de cette aventurière hors norme que dresse Benoît Hermermann dans son livre "Titaÿana L'aventurière des Années folles". Un livre intéressant, très bien documenté sur cette femme intrépide et courageuse... avec ses faiblesses.

Livre paru en 2011 chez Arthaud

Issue d'une famille bourgeoise en pleine déconfiture Elisabeth se passionne très tôt pour les voyages et autres expéditions. "Chacun porte en lui un petit Christophe Colomb, et le regret qu'il n'y ait plus d'Amérique à découvrir. Nourris de Jules Verne et de Jack London, nos jouets furent des sous-marins narguant "les petits bateaux qui vont sur l'eau du jardin des Tuileries". (Page 44)

Elle choisira le journalisme et l'écriture pour échapper aux convenances de son temps. Indépendante, impulsive et suffisante Elisabeth va être emportée dans un tourbillon. Tour à tour, dame de compagnie de la soeur de l'empereur du Japon, écrivaine, grand reporter (elle interviewera Mustapha Kamal Atatürk, Mussolini et Hitler), fondatrice et directrice de plusieurs magazines, elle aura mille vies.

Elisabeth a un culot monstre et ose tout ! Elle dira d'ailleurs, en toute modestie et simplicité, suite à son entrevue avec le maître de la nouvelle république de Turquie "J'étais très à l'aise. J'ai presque eu l'impression que c'était moi qui allais être interviewée". (Page 93). 
Son envie de voyages et de découvertes est insatiable... "En l'espace de trois ans seulement, Elisabeth parcourt l'Afrique, d'Alexandrie à Tananarive ; les deux Amériques, de New-York à Buenos Aires ; elle se rend une nouvelle fois au Japon, via Hong Kong et Shanghai ; elle traverse à six reprises l'Atlantique, en paquebot ou, plus remarquable encore, en zeppelin ; elle effectue une bonne dizaine de reportages ou interviews en Hollande et en Italie ; elle mène enfin un nombre équivalent d'enquêtes et de dossiers à Paris et à Berlin !" (Page 202)

Portrait de Man Ray, 1928

Son ami, Pierre Mac Orlan nous en fait une très jolie description : "J'aime la puissante humeur vagabonde de Titaÿna, parce qu'elle est curieusement humaine et qu'elle sait abandonner à temps la langueur d'un coucher de soleil sur la mer afin de gagner un but que je ne connais pas, mais pour la conquête duquel elle joue le jeu franchement. Je ne sais ce que sera l'avenir de cette jeune femme énergique et nerveuse, mais en dehors de ses dons littéraires on peut le lui prédire brillant. Pour avoir maintes fois risqué sa vie, nul ne pourra lui reprocher la moisson trop belle. Elle sait le prix des souvenirs qu'elle engrange comme du blé et son attitude dans la vie se fortifie au contact d'autres attitudes non moins exceptionnelles : celles des coureurs d'aventures qu'elle rencontra sur les trois routes contemporaines de la terre, du ciel et de l'eau". (Page 99)

En 1940, la tragédie de Mers el-Kebir va lui enlever son frère alors capitaine de navire. Elisabeth va faire les mauvais choix, incriminer, dans les journaux et sur les ondes, la terre entière. Elle va alors, comme ses amis Jean Cocteau, Corinne et Jean Luchaire, Marcel Pagnol, Tino Rossi, Sacha Guitry... fréquenter les soirées parisiennes d'Otto Abetz
Titaÿna et la tête "détournée" de bouddha d'Angkor
Photo de Man Ray, 1928
.


Ses fréquentations lui seront fatales... L'heure de la Libération arrivée, elle passera une année enfermée pour collaboration.

Fin 1946, Elisabeth quitte la France en catimini pour migrer aux Etats-Unis pour continuer sa vie. Ses biens mis sous séquestre, elle partira ruinée et veuve avec trois tableaux roulés pour monnayer un nouveau départ. Elle se remariera, divorcera et décédera en 1966, seule et ruinée.

"Je n'étais pleinement heureuse qu'en pleine mer sur une coquille de noix... et j'adorais les tempêtes. Je crois que j'aurais pu faire le tour du monde, seule sur ma goélette [...] Mon grand regret est de ne pas être née cinquante ans plus tôt. L'élégance et le raffinement ont disparu [...] Ma vie aurait été différente si mon enfance avait été douce. Elle ne l'a pas été". (Page 319)

Si d'aventure vous vous égarez à San Francisco, rendez-lui visite au Golden Gate National Cemetery de San Bruno, vous trouverez une petite pierre tombale dédiée à cette grande aventurière... En attendant je vous recommande très vivement la lecture de ce formidable livre !

jeudi 5 juin 2014

"Le secret du jour J" et "L'Orchestre rouge" : deux livres palpitants

Je profite d'être à la veille des commémorations du jour J pour partager avec vous deux livres d'un auteur que lis et relis toujours avec plaisir : Gilles Perrault. Cet écrivain n'est pas que l'auteur du "Pull-over rouge" sur l'affaire Christian Ranucci, il a beaucoup écrit sur la période de la Seconde Guerre Mondiale, notamment "Le secret du jour J" et "L'Orchestre rouge", tous les deux parus aux éditions Fayard.

Edition originale.

"Le secret du jour J" retrace la folle course que menèrent les services secrets d'Hitler pour découvrir où et quand aurait lieu le débarquement. L'état-major d'Ike Eisenhower est sur les dents, si le secret est percé par les allemand, l'armée alliée sera broyée...
Entre tentatives désespérées des espions allemands pour mettre à jour le secret et les intoxications multiples et variées lancées pour berner le commandement allemand, tout y est. C'est un véritable jeu de poker auquel se livrent les personnages, l'amiral Canaris, chef de l'Abwehr (contre-espionnage de la Werhmacht), Walther Schellenberg, chef des services secrets nazis, le général Montgomery ou encore le colonel Passy, fondateur et chef du BCRA gaulliste, dont il fit, à partir de rien, l'un des plus efficaces services secrets de la Deuxième Guerre mondiale.

Ce livre, pas barbant pour deux sous, se lit comme un thriller !

C'est l'histoire du plus important réseau de renseignements de la Deuxième Guerre mondiale qui est racontée dans "L'Orchestre rouge".

Si vous appréciez les histoires rocambolesques d'espions, les récits de vies brisées, les fins heureuses où il est possible de rencontrer et de sauver son héros, alors ce livre va vous plaire. Je dirais même plus, vous ne pouvez et ne devez pas passer à côté !

Implanté au coeur même de l'empire nazi, ce réseau a joué un rôle décisif dans la défaite allemande. Plusieurs dizaines de ses membres furent décapités, fusillés ou pendus, mais leur action, selon l'amiral Canaris, a coûté à l'Allemagne la vie de 200 000 de ses soldats. A sa tête, un homme exceptionnel, Leopold Trepper dit le Grand Chef. Juif polonais, militant révolutionnaire depuis son adolescence, il a su réunir une élite d'hommes et de femmes prêts à tous les sacrifices. Après des pertes désastreuses, Hitler ordonne la destruction de l'Orchestre rouge. Gilles Perrault a passé trois années à parcourir l'Europe sur les traces des survivants de ce fabuleux et intrépide réseau.
Livre paru en 1989

Au moment où le Grand Chef est en difficulté, Gilles Perrault va tout mettre en oeuvre pour l'aider et le sauver. Au-delà d'être un livre historique, "L'Orchestre rouge" est avant tout le récit d'une aventure humaine exceptionnelle la rencontre d'un homme et de son héros... dans la vraie vie.

mardi 3 juin 2014

Connaissez-vous le "système Dogs" ?

Qui n'a jamais rêvé d'un monde où chacun pourrait avoir un serviteur dévoué, un esclave qui comblerait ses souhaits juste en levant le petit doigt, où la criminalité serait maîtrisée et rentable, les impôts grandement diminués ? Eh bien, ce monde Guillaume Cazenave l'a inventé et le décrit dans son livre "Dogs", paru au format numérique (version Kindle ici).

Un monde rêvé ? Peut-être. C'est en tout cas une véritable révolution du milieu carcéral que l'auteur propose avec son "système dogs". Plus de maison d'arrêt mais des prisonniers dressés et équipés de colliers électroniques, vendus ou loués à des propriétaires. Leur mission : servir d'esclave.


Donatello Minaï est le Dog de la famille Des Rolles. Une famille comme une autre ; des enfants turbulents et pénibles, un mari soumis, et une maîtresse de maison acariâtre, autoritaire et désœuvrée, bien que cofondatrice et membre du très honorable Cercle des Ames Sereines. La vie de Don s'écoule entre les tâches journalières à exécuter, le planning à respecter... jusqu'au jour où madame Félicia Des Rolles et son amie Odile, riche héritière et propriétaire de Lisa une jeune Dogue décident de croiser leurs Dogs pour faire un puppy. Nulle échappatoire possible pour Donatello. Il n'a pourtant oublié ni son ex-femme ni sa petite fille Lili. Don s'exécute malgré lui. Il profite d'une attaque cardiaque de sa maîtresse pour fausser compagnie à sa famille adoptive. Il sera poursuivi, traqué, fera une rencontre qui le perdra, sera jugé, retrouvera le chenil, combattra puis retrouvera la liberté. Il sera sauvé par celle-là même qu'il refusait.

Durant une grande partie du roman on éprouve de la compassion pour Donatello, pour les difficultés rencontrées, les peurs vécues, les souffrances endurées, on souhaite ardemment qu'il trouve la paix. C'est lorsqu'il retrouve la liberté que l'auteur nous explique quel crime a conduit Donatello a intégrer le système Dog...

C'est un roman surprenant et original. Un roman qui pousse à la réflexion sur la condition humaine, la détention, l'oubli de soi et la liberté. Policier, SF... ? "Dogs" est un roman inclassable. C'est peut-être la raison pour laquelle on éprouve un sentiment bizarre lorsque la fin du livre approche et que l'on éteint sa liseuse...

mardi 27 mai 2014

Pelham Grenville Wodehouse so british

Temps morose, moral dans les chaussettes, pas envie de sortir... Restez à la maison en compagnie de Pelham Grenville Wodehouse. Voici un auteur qui va réveiller votre bonne humeur et vous activer les zygomatiques !

P.G Wodehouse est un auteur britannique de romans et de nouvelles injustement méconnu en France. C'est un des maîtres de l'intrigue joyeuse, des situations loufoques et des vaudevilles épiques. Cette drôlerie n'enlève rien, ni à la densité des personnages ni aux ressorts des intrigues tirées au cordeau.

Comme souvent avec Plum, ses personnages trouvent leur scène dans le milieu de la gentry britannique de l'entre deux guerres (1918-1940).

Ses personnages sont toujours excentriques à souhait, ses dialogues sont énergiques et teintés d'argot édouardien, son humour est présent à chaque coin de page, sa grammaire sans fausse note. Wodehouse est un magicien des belles lettres !
P.G. Wodehouse à 23 ans.


Couverture de "Si j'étais vous"

Les éditions Les Belles Lettres justement viennent d'éditer en français, "Si j'étais vous", roman paru en 1931.

Anthony, cinquième comte de Droitwich, découvre qu'il a été échangé, au berceau, avec le fils de la nourrice, Syd Price, actuellement coiffeur à Londres. Lorsqu'il l'apprend Syd réclame son héritage et va devoir faire face aux difficultés de la vie d'un noble britannique tandis qu'Anthony se résigne à aller diriger son salon de coiffure. Il s'aperçoit alors que sa fiancée, la belle Violet, riche héritière de l'empire des Quatre-vingt-dix-sept Soupes, n'en voulait qu'à son titre...

C'est avec un féerique décor de château anglais que débute le roman : A travers les larges portes-fenêtres du salon de Langley End, la demeure campagnarde d'Anthony, cinquième comte de Droitwich, dans le comté de Worcestershire, bien des choses pouvaient attirer et charmer le regard. Au-délà de l'allée de graviers bien ratissée qui disparaissait derrière une haie de rhododendrons s'étendait une pelouse veloutée, roulée et tondue depuis des siècles par des générations de jardiniers attentifs".
Les rôles vont s'inverser.  Anthony (ex comte de Droitwich) va devoir apprendre à "déboiser des crinières" alors que Syd Price va devoir, au péril de sa vie, apprendre à monter à cheval tel un noble accompli "Si vous voyiez mes bleus, vous auriez pas l'coeur d'm'y envoyer. Ma cuisse droite r'semble plus à un coucher de soleil qu'à une jambe humaine".



P.G. Wodehouse a été un auteur des plus prolifiques. En effet, il a écrit pas moins de 70 romans, 200 nouvelles et 19 pièces de théâtre !

Si vous vous aventurez (ce que je vous recommande grandement) dans l'univers délirant de Wodehouse, vous rencontrerez forcément ses deux personnages clés, apparaissant dans une quinzaine d'ouvrages : Jeeves valet de chambre stylé et coincé, et son maître Bertram Wooster dit "Bertie", jeune aristocrate désœuvré toujours pris dans des situations des plus périlleuses et cocasses.

Sachez qu'il existe même un club dédié à cet auteur, "Les Amis de Plum P.G. Wodehouse Club", prêt à vous accueillir.

Frappez à la porte, c'est ici !
Parmi  les célèbres romans de Wodehouse...


vendredi 9 mai 2014

Un livre sur la mort bien sympathique (le livre pas la faucheuse bien-sûr !)

Je ne sais pas si les morts intelligentes existent, en revanche les morts stupides existent bel et bien ! 120 ont été recensées par 6 auteurs (historiens, chercheurs...) dans un recueil intitulé "La Tortue d'Eschyles et autres morts stupides de l'Histoire". Ce livre conte les fins tragiques et plutôt bêtes de personnalités diverses et variées (philosophes, écrivains, peintres, hommes politiques, danseuses, magiciens...)

"La Tortue d'Eschyles et autres morts stupides de l'Histoire" est un ouvrage plaisant et distrayant à parcourir. On glane, ici et là, des anecdotes croustillantes, on découvre des personnages historiques oubliés ou inconnus... On passe un fort bon moment et on sourit souvent !

Livre paru en 2012, aux éditions "les arènes"

Verso du livre.

Parmi ces morts, certaines sont plus notables que d'autres, plus romanesques...

Qui n'a pas rêvé en lisant les épopées de l'explorateur Jules-Sébastien-César Dumont d'Urville ? Celui même qui a découvert et offert à Louis XIII la célèbre Vénus de Milo, ce grand navigateur de l'Astrolabe qui, en 1840, posa le pied sur une nouvelle terre antarctique inconnue qu'il baptisa Terre Adélie, en  hommage à sa femme Adèle. Ce grand aventurier qui parcouru trois fois le tour de la Terre, trouva la mort dans un des premiers accidents ferroviaires de l'histoire à Meudon... en banlieue de Paris.

Si le romancier américain William Burroughs, un des associés de la Beat Generation, est décédé très tranquillement des suites d'une attaque cardiaque en 1997, il n'en est pas de même de sa femme ! Comme chacun sait, sa vie ne fût pas un long fleuve tranquille... Après avoir testé diverses drogues avec ses amis Jack Kerouac et Allen Ginsberg, il prend des vacances forcées au Mexique. Au cours d'une soirée bien (trop) animée avec Joan (aussi atteinte que lui), il lui prend de reconstituer Tell en direct ! Il sort alors un pistolet automatique. Il ne visera pas la pomme mais... sa femme en pleine tête !

Quittons-nous sur une note de poésie avec l'histoire de Nicolas Gilbert, poète du XVIIIe. Nicolas-Joseph-Laurent Gilbert est le fils d'une simple paysan lorrain. Il est remarqué par son curé qui lui enseigne les lettres et le latin. Devenu jeune homme, le lorrain bat le pavé de Paris, bien décidé à faire reconnaître son talent. Or, la critique le démolit et "les grands du royaume, qu'il inonde de poèmes à leur gloire, ne lui jettent que quelques rogatons pour sa subsistance." (page 83) Gilbert vit alors comme un clochard. Un jour, il apprend qu'une riche famille cherche un précepteur ; il va trouver d'Alembert pour obtenir une lettre de recommandation. L'encyclopédiste lui promet son soutien - et s'empresse de faire donner la place à un autre... Dès lors, la guerre est déclarée ! Notre malheureux poète attaque non seulement les philosophes de l'esprit des Lumières mais aussi leurs protecteurs ! Au cours d'une bastonnade, il chute de cheval et est transporté à l'hôpital, avec sa cassette qui ne le quitte jamais. Il subit une trépanation qui le rend vraisemblablement zinzin car... il avale la clef de la cassette ! La clef reste coincée dans l'estomac le menant à l'agonie.

Huit jours avant sa mort, Nicolas Gilbert a composé la seule ode estimée de son oeuvre. La voici :

Les Adieux à la vie

Au banquet de la vie, infortuné convive,
J'apparus un jour, et je meurs ;
Je meurs, et sur ma tombe où lentement j'arrive,
Nul ne viendra verser des pleurs.

Salut, champs que j'aimais, et vous douce verdure,
Et vous, riant exil des bois !
Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature,
Salut pour la dernière fois !

Ah ! puissent longtemps voir votre beauté sacrée
Tant d'amis sourds à mes adieux !
Qu'ils meurent pleins de jours ; que leur mort soit pleurée !
Qu'un ami leur ferme les yeux !

*****

dimanche 27 avril 2014

Sigmaringen, il y a tant à en dire... 3 livres à (re)lire

"Sigmaringen", est le titre du dernier roman de Pierre Assouline. Sur la couverture on peut découvrir l'illustration du célèbre château des Hohenzollern, famille princière qui règne sur ce domaine du Danube depuis 1077. Sigmaringen fût aussi une enclave française entre 1944 et 1945. Dernière résidence d'un gouvernement en déroute. Philippe Pétain, Pierre Laval, Joseph Darnand, Marcel Déat et bien d'autres y ont été les hôtes, contraints ou non.

"Sigmaringen" n'est pas un livre historique, c'est avant tout un roman sur l'obéissance et la dévotion à sa charge et à son maître. A l'instar, du livre de Kazuo Ishiguro, "The Remains of de Day", le protagoniste est un majordome attaché au service du Prince. Julius Stein a tout appris du métier de son oncle...

Livre paru aux éditions Gallimard


"Mon oncle vivait là. Tout le monde l'appelait le vieil Oelker. Comme mon père, il avait voué son existence au service des Hohenzollern, ceux de la branche catholique de Sigmaringen, cela va sans dire. C'était un grand majordome. L'un de ceux dont on a pu dire dans les châteaux de Prusse et de Saxe qu'il était l'honneur du métier. Une figure dans ce milieu. Il m'a tout appris, à commencer par ce principe : un bon majordome se doit de partager avec le seigneur ce qui fait le fondement de la distinction, à savoir l'impassibilité. Surtout ne rien laisser paraître de ses sentiments. Ne pas abandonner son personnage professionnel au profit de sa personne privée. Ne jamais renoncer au premier, qui l'habite, pour céder au second, qui l'encombre. Rien ne doit l'ébranler ni même le perturber. Ni un choc ni une nouvelle. Le contrôle de soi est un absolu, quitte à paraître coincé, inhibé, inexpressif. Il doit avoir si bien intériorisé la retenue qu'elle est devenue une seconde peau. Lorsqu'il se trouve dans une pièce, elle semble encore plus vide. La présence de l'intendant d'une maison princière est aussi permanente qu'invisible." 
Page 151-152

Julius va vivre une romance avec une gouvernante servant le maréchal Pétain. Celle-ci se révélera être une espionne... En parcourant les 350 pages du roman, vous rencontrerez le docteur Destouches...

"Soudain un individu de grande taille, voûté, maigre mais solide, frappant par son regard halluciné, entra dans le café, provoquant, par sa seule présente magnétique, des murmures et des regards par en dessous. Il est vrai que son accoutrement ne passait pas inaperçu, même dans cette ville qui en avait vu d'autres ces derniers temps : deux canadiennes superposées qui ne tenaient que par leur crasse fermées par une ficelle pour toute ceinture, des moufles attachées autour du cou par des épingles doubles, un pantalon trop large, une casquette de chauffeur de locomotive vissée sur la tête, une gibecière en bandoulière et dans une musette un chat, dont la tête émergeait de la boutonnière. Une dégaine qui valait bien celle de l'homme-poubelle... Celui-là, comme vous dites, c'est un très grand écrivain... Louis-Ferdinand Céline." page 146

Vous arriverez sans encombre et sans palpitation de coeur, non plus, à la fin du voyage. La débâcle, les départs précipités des uns et des autres coincés dans cette souricière nauséabonde et le retour à la normalité...

"Quelques instants plus tard, je priai un valet de grimper au mât de la tour pour ramener les trois couleurs, et remplacer le drapeau français par l'étendard des Hohenzollern". Page 322

Je ne m'étendrai pas plus sur le livre de Pierre Assouline...

En revanche, si cette trouble époque retient votre attention (ce dont je ne doute pas !), je ne saurais trop vous conseiller (très, très) vivement deux ouvrages à lire ou à relire.

Le premier est le classique "D'un château l'autre", paru en 1957, signé Louis Ferdinand Céline.

Le second livre est un témoignage exceptionnel !

Il s'agit de "Délirium" de Philippe Druillet, paru aux éditions Les Arènes.

Cet auteur est davantage connu comme dessinateur de BD et cofondateur de Métal hurlant et des Humanoïdes Associés, dans les années 70'.
Philippe Druillet a aussi hérité d'une histoire personnelle lourde à porter. Cet ouvrage est un livre-confession sans concession et sans fard. "Mon père était chef de la Milice dans le Gers. Ma mère et lui étaient des fascistes convaincus. En août 1944 — j’avais deux mois à peine —, ils se sont enfuis, bébé en bandoulière, d’abord à Sigmaringen, puis en Espagne. La voilà mon histoire. La voilà ma famille. La voilà ma jeunesse. Depuis trop longtemps, je vis avec les fantômes d’un passé qui me révulse. Aujourd’hui, j’ai décidé de tout envoyer valser et de ne plus rien cacher."

C'est d'ailleurs le docteur Destouches qui soignera le nourrisson à Sigmaringen...

Quelque soit votre choix, bonne lecture !


jeudi 17 avril 2014

Le Musso nouveau est arrivé !

A l'instar du beaujolais nouveau Guillaume Musso, avec la justesse d'un métronome, se rappelle à notre bon souvenir tous les ans à la même époque. Invariablement, Guillaume Musso, nous offre la même recette. Seuls les ingrédients varient légèrement.

L'assemblage de cette année se nomme "Central Park", aux éditions XO. L'auteur utilise ses deux ressorts fétiches, qui font d'ailleurs son succès : une histoire abracadabrantesque qui fonctionne plus ou moins (suivant votre niveau de crédulité) et un minutieux descriptif topographique de New-York (pas la peine d'y aller, Guillaume nous en offre une visite détaillée).

A part ça ? Pas grand chose à dire...

Nos deux protagonistes Alice (flic française vivant à Paris) et Keyne (soit disant jazzman vivant à Dublin) se retrouvent menottés sur un banc de Central Park ! Ils ne se connaissent pas et ne se sont jamais vus ! Avouez que le début est assez tordu pour capter le lecteur et le dissuader de retourner à son ménage avant plusieurs heures.

Faut dire que tout y est ! Guillaume ne fait pas dans la dentelle fine et translucide de Calais. Non. Son fond de commerce à lui c'est plutôt les lourds napperons en crochet de feu ma grand-mère.
Je vous prends pour témoin :  Alice, notre jeune fliquette trentenaire, est déjà affectée au "36". On est précoce dans la famille. Papa est un ex grand flic qui a fini sa carrière au trou pour malversation (ça ne vous rappelle pas un peu l'actualité dès fois ?)

Bon, Alice est mal dans sa peau. Faut dire qu'elle n'a pas une vie facile. Alice est seule... mais elle a de la ressource ! Accrochez-vous à votre fauteuil ! Le soir du réveillon, notre héroïne ne supportant pas de devoir affronter sa famille sans fiancé à ses côtés, ne trouve rien de mieux à faire que d'aller "kidnapper" son gynécologue !

Paul, (le gynéco beau, altruiste, riche et tutti quanti) ne résiste pas au charme d'une femme si équilibrée. Ils se marient... N'oublions que notre intrépide policière est avant tout une grande professionnelle. Enceinte de huit mois, elle part seule débusquer un serial killer ! Ce dernier poignarde son abdomen et tue son fils, la sauvant par la même occasion. Son gentil mari, accourant à son chevet se tue en chemin (quick).

Ce n'est là qu'un début. Tout le livre est du même tonneau.



C'est ce qui s'appelle un enchaînement malheureux de situations très tristes... Soit vous êtes très sensible et vous pleurez (essuyez vos larmes avec votre chiffon à poussières) ou alors vous trouvez ça trèèèèèèès GROS (et vous vous payez une bonne tranche de rire) !

A consommer lors d'un week-end d'extrême repos ou bien dans les transports.

C'en est fini pour aujourd'hui, vous pouvez retourner à votre ménage !
:-)