samedi 1 mars 2014

"Le doux parfum du scandale" : attendez gentiment la version poche

La quatrième de couverture semblait bien alléchante (comme toujours, me direz-vous...). Voyez un peu : "Comédie satirique pleine d'esprit, un roman remarquable de construction et de psychologie, qui dresse le portrait vitriolé d'une certaine presse, où les sujets de fond ont laissé place aux scandales et aux ragots".

"Le doux parfum du scandale" d'Annalena McAfee, paru aux éditions Belfond, nous entraîne dans deux univers : celui du grand reportage et celui de la presse people.


D'un côté Honor Tait, quatre-vingt ans, la Marlene Dietrich du grand reportage qui, de l'Allemagne nazie aux tranchées coréennes, a couvert tous les fronts et flirté avec les grands de ce monde.

De l'autre, Tamara Sim, vingt-sept ans, pigiste "Mode et Potins" pour un tabloïd, une assurance et une ambition peu communes, déterminée à se faire un nom dans ce monde de requins.

Donc deux femmes que tout oppose et qui n'auraient jamais dû se rencontrer, n'étaient les curieux hasards de la providence : la très chic revue S*nday veut une interview de Honor, et c'est à la moins qualifiée des journalistes qu'échoit cette mission délicate.

Entre la ferme volonté de Honor de protéger ses sulfureux secrets et le besoin vital de Tamara de ramener LE scoop qui lancera sa carrière, la confrontation va devenir explosive.

"Sulfureux secrets", "confrontation explosive"... Voilà qui promet de bien belles heures en perspective à passer à dévorer ces quelques 490 pages (tout de même...)

En fait de "sulfureux secrets", la jeune chercheuse de scoops pense révéler au public la liaison sulfureuse de la vieille dame avec son toy boy. Un peu plat le scoop, il s'avère que le jeune homme affriolant est son... fils ! Il n'y a dans leur relation ni ambiguïté ni inceste. Flop, le sensationnel tombe à l'eau !

Pour ce qui est de la "confrontation explosive", ce n'est guère mieux. Dés les premières pages nous tombons dans la caricature. Tamara, pigiste pour la presse people est "forcément" béotienne. Parmi les exemples savoureux :

Honor se pencha vers elle (Tamara), comme si elle s'apprêtait à lui faire une confidence.
"Sage précaution, dit-elle. Quelle catastrophe si jamais un de vos papiers venait à s'égarer avant d'atteindre votre lectorat. On n'aurait rien connu de tel depuis la bibliothèque d'Alexandrie".
Tamara se sentit en butte à son hostilité mais, comme elle ne voyait pas à quoi elle se référait, elle lui sourit..."
"Oui. Sans doute", répondit-elle avec un petit rire, afin de montrer qu'elle avait compris mais qu'elle n'était pas vexée.
Sur son bloc-notes, elle nota : "Vérif : Qui est Alexandrie ? Qu'est-il arrivé à sa bibliothèque ?"
(Page 84)

Du grand art, non ? Je ne résiste à partager la suivante avec vous, lue page 160 :

Tania (figure montante du journal et responsable de la version online) écrivait un journal de bord pour le site Internet. Simon l'avait lu. "Une perte de temps, avait-il décrété. Je ne comprends pas pourquoi elle se donne tant de mal pour ça. L'Internet, c'est un truc de losers." La semaine précédente, Tania avait proposé une "réévaluation de Lévi-Strauss" - non pas, comme l'avait supposé Tamara, une réflexion sur la disparition des blue-jeans de la garde-robe des jeunes branchés mais un essai longuet sur le fondateur de l'anthropologie structurale".

Selon l'auteure, le communisme a une vertu qui nous était jusqu'alors restée cachée...

"Les célébrités et la cellulite", tel était le thème. Tamara passa une matinée tranquille à piocher dans le magot de clichés glamour de la photothèque...
"En fait, ce n'est pas un sujet seulement amusant, cela a des connotations sociales profondes".
"Ah ouais ? Tu peux m'en dire un peu plus, s'il te plait ?"
"Je te parle sérieusement. En montrant que même les stars les plus glamour, sans Photoshop, ont des défauts, on rassure les femmes ordinaires. Ca impose un nivellement entre nous toutes, un peu comme le communisme".

Je pense que Marx doit se retourner dans sa tombe !

Petit conseil du jour : si toutefois il vous prenait l'envie de lire "Le doux parfum du scandale", soyez plus patient que moi et attendez qu'il paraisse au format poche plutôt que de vous délester de 22 €.

mardi 7 janvier 2014

Offrez-vous un voyage insolite au pays des Haikyos pour 29,95 € !

"Tout vient à point à qui sait attendre" dit l'adage. Il était annoncé, je l'ai (gentiment et patiemment) attendu et il est arrivé !
Le livre que tous les aficionados de haykios attendaient : "Nippon no Haikyo, vestiges d'un japon oublié" de Jordy Meow vient d'être publié aux Editions Issekinicho.

Les connaisseurs suivent déjà le célèbre blog de l'auteur sur cette activité très originale et qui mérite que l'on s'y attarde un peu tant elle révèle de trésors perdus et oubliés.

Les haikyos quoi ? !
Pour les néophytes, qui ne le seront plus après la lecture (passionnante et instructive ;) de ce billet, une petite explication s'impose...
Le terme "haikyo" sert aussi bien à désigner la pratique de l'exploration urbaine que les ruines et les lieux abandonnés eux-mêmes. Les haikyoïtes participent à la préservation du patrimoine culturel. Leur rôle est de garder une trace, de conserver intact ces lieux désertés, sans jamais les détériorer. Ils mettent un point d'honneur à ne jamais rapporter aucun objet des lieux visités ni à divulguer leur localisation.

Pourquoi le Japon ? Depuis 50 ans ce pays subit un exode rural important. Les villages et villes disparaissent au fil du temps laissant derrières eux maints vestiges. De plus, le vieillissement de la population semble inexorable, créant un réel problème économique. Enfin, au début des années 80, le Japon vit une embellie économique. Cette ère de consommation sera brutalement stoppée fin 1989 avec l'effondrement boursier. Conséquence : de nombreux parcs d'attractions, d'hôtels... ferment. Personne ne voulant payer pour les démolir, il sont tout simplement abandonnés en l'état !

Ainsi, ce livre magnifique retrace l'histoire d'un japon (presque) oublié. Beau et terriblement émouvant, cet ouvrage parvient à rendre saisissable l'impalpable. Jordy Meow fait revivre avec finesse et délicatesse non seulement ces lieux physiques, mais aussi les personnages qui les ont habité, qui leur ont donné vie.

Des lieux aussi insolites les uns que les autres : des écoles, des friches industrielles, des maisons et des appartements, mais aussi, des hôpitaux, des bases militaires, des hôtels...

Le livre a été commandé directement auprès des Editions Issekinicho et je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous, en images, ces mois d'attente récompensés !

Service palace : cartes postales et marque page
offerts avec le livre !
"Nippon no Haikyo"
de Jordy Meow

"Nippon no Haikyo, vestiges d'un japon oublié" vous transporte littéralement. Jordy Meow n'est pas seulement un photographe qui légende ses photos. Non. Il est avant tout un enquêteur, un fin observateur, et conteur d'histoires. Il cherche à comprendre le passé, investigue, dissèque avec respect les lieux investis, peaufine ses récits mystérieux et fait revivre les personnages avec émotion et tendresse.

Cet ouvrage de 250 pages est d'une très belle facture. Un papier mat et épais, une mise en page recherchée "juste ce qu'il faut" et des photographies sublimes servies par des textes à la fois instructifs et divertissants.

On se connait bien maintenant, je sais que vous me croyez sur parole ! Cependant, je vais tout de même vous livrer quelques preuves...

Page 186, le récit insolite d'un immeuble des années début 70', le Nakagin Capsule Tower.
L'explication du "Nakagin Capsule Tower"

Vue de l'immeuble

Intérieur d'une cellule "futuriste"

Plusieurs vues de l'immeuble du mouvent métaboliste

Ou encore page 98, l'inénarrable île fantôme de Hashima, plus connue (depuis que James Bond y a fait un petit tour pour Skyfall), sous le nom de Gunkanjima. Une île mythique au passé riche et à l'architecture incroyable.

Vue générale de d'Hishima, l'île aux fantômes

Une brève présentation des lieux
Vue intérieure des bâtiments désertiques et interdits d'accès
A quand remonte votre dernière visite chez le dentiste ? ;-)

Quelques photos officielles...
L'école Namezawa (page 18)

L'hôtel Kuroshio (page 80)

La maison du Docteur (page 166)

La maison Royale (page 195)

Club de strip-tease (page 50) 

La clinique Blanche (page 213)
Pour faciliter la commande de ce livre incontournable auprès de votre libraire favori, voici l'ISBN : 978-2-9543125-3-8 ou en ligne ici.

Pour suivre les rocambolesques aventures de l'auteur, c'est ici

Je vous souhaite un merveilleux voyage au pays du Japon oublié et formule, pour vous tous, le voeux que 2014 soit riche de santé, de réussite... et de bons livres !

dimanche 29 septembre 2013

Colum McCann, excellent... comme toujours.

Il faut avoir lu Colum McCann pour être capable de faire la différence entre un vrai écrivain et un auteur baltringue ! McCann compte parmi ces écrivains que l'on achète les yeux fermés. A chaque nouvelle parution, toujours la même question (et crainte) : "ce dernier livre va t-il être (peut-il être) aussi bon que le précédent ?". Ouvrage après ouvrage, je suis sans cesse éblouie par cet écrivain. Assurément classé au top 5 de mes auteurs contemporains étrangers favoris. Toujours dans la constance et la qualité, ne cédant jamais rien à la facilité.

Avec "Transatlantic", paru aux éditions Belfond, Colum McCann bâtit un pont sur l'Atlantique, entre l'Amérique et l'Irlande, du XIXe siècle à nos jours. Avec une parfaite maîtrise, il mêle l'Histoire et la fiction nous entraînant dans une fresque époustouflante, dont il a le secret.

A Dublin, en 1845, Lily Duggan jeune domestique de dix-sept ans, croise le regard de Frederick Douglass, le Dark Dandy, l'esclave en fuite, le premier à avoir témoigné de l'horreur absolue dans ses Mémoires.

"Certes, les Irlandais étaient pauvres, mais pas asservis. Il était ici pour saper les fondements de l'esclavagisme américain. Parfois une épreuve de garder ses idées en ordre. Douglass avait compris que l'intelligence consiste à embrasser les contradictions. Que si la simplicité est un but en soit, il faut reconnaître la complexité inhérente aux situations. Mais il restait un esclave. Un fugitif...
On lui avait donné la chance de dénoncer ses chaînes. Il n'arrêterait pas tant que les maillons ne seraient pas tous brisés à ses pieds.
Douglas sut alors ce que le destin lui réservait ici : l'occasion d'être libre et captif en même temps. Une sensation que le plus misérable des Irlandais ne comprendrait jamais. Etre asservi de toutes parts, même par l'exigence de sa propre paix."


Ce jour-là, Lily comprend qu'elle doit changer de vie pour échapper à la famine, pour gagner sa liberté, pour s'offrir une chance d'avenir et embarque pour le Nouveau Monde...

"De courtes volutes de fumée parsemaient la campagne. Comment croire que, parmi les plus pauvres, des Irlandais logeaient sous terre ? Il voyait leurs masures, les murs de tourbe encadrés de bouts de bois, le tapis de pelouse déroulé sur le toit. Leurs champs minuscules, les haies innombrables, un enclos de pierres inachevé ça et là. Leurs enfants ressemblaient à de vains souvenirs d'eux-mêmes, des spectres nus jusqu'à la taille, le visage éraflé, la blancheur de leurs pieds. Une carcasse sous la peau, l'os qui tient lieu de vie."

... bouleversant ainsi son destin et celui de ses descendantes, sur quatre générations. On suit, à Dublin encore, cent cinquante ans plus tard, Hannah, son arrière-petite-fille, qui tente de puiser dans le passé de ses ancêtres la force de survivre à la perte de Tomas, son petit-fils assassiné.

Colum McCann mélange avec dextérité la fiction et la réalité, enchevêtrant avec finesse les personnages, lieux et Histoire, donnant ainsi une construction impressionnante de maîtrise.

Parmi, les personnages historiques-romancés, on retrouve George J. Mitchell, fin négociateur de l'Accord du Vendredi-Saint. Cet accord de paix, entériné en 1998, fût capital pour l'Irlande. L'auteur s'appuie beaucoup sur George J. Mitchell pour transmettre sont attachement à son pays natal, exorciser ses déchirures :

"Il a lu quelque part qu'un homme sait d'où il vient lorsqu'il a décidé de l'endroit où on l'enterrait. Il a déjà choisi. l'île des Monts Déserts, la falaise au-dessus de la mer, la courbe de l'horizon et le vert profond, la mousse qui éclabousse la roche escarpée. Tout ce qu'il demande : un carré d'herbe au-dessus d'une crique, une clôture blanche autour, des cailloux pointus pour lui griffer le dos. Semez mon âme dans la terre rouge, laissez-moi reposer heureux devant les pêcheurs qui relèvent leurs nasses, la longue danse de l'écume, la ronde des goélands. Soyez patient, Seigneur. Au moins vingt ans encore. Il reste tant de nouveaux matins".

"Il aurait aimé se débarrasser des hommes, remplir de femmes les salles et les couloirs. le choc, court et cuisant de trois mille deux cents mères. Celles qui, au supermarché, cherchent dans les décombres les jambes de leur mari. Qui lavent encore à la main les draps du fils jamais revenu. Qui, en cas de miracle, mettent un couvert de plus à table. Les élégantes, les furieuses, les malignes, celles qui couvrent leurs cheveux d'un filet, toutes celles que la mort épuise. Le chagrin se lit dans leurs pupilles, un puits sans fin dans une mer de lassitude. Mères, filles, petites-filles, grands-mères ne faisaient pas la guerre, mais leurs os et leur sang en portaient les souffrances."

Le talent de Colum McCann se suffit à lui-même. Nul besoin d'esbroufe, de scénario sensationnel, de rebondissements incroyables, rien de tout cela. Juste la justesse des mots justes. Des phrases courtes, fracassantes pour décrire la douleur de l'Irlande, des Irlandais trop longtemps meurtris, des expatriés vers le Nouveau Monde, de leurs luttes. N'attendez-pas que "Transatlantic" soit édité au format de poche pour le lire. Jetez-vous dessus !


Quelques unes des pépites, de cet auteur, "Ailleurs, en ce pays", "Zoli", "La rivière de l'exil", "Et que le vaste monde poursuive sa course folle" sans oublier deux merveilleux romans prêtés et jamais revus (!) : "Le chant du coyote" et "Les saisons de la nuit".
Vous serez séduit, par cet auteur. N'hésitez pas à piocher au hasard !

Pour suivre Colum McCann, en version papier ou numérique, sur son site officiel, c'est ici.

dimanche 1 septembre 2013

Un roman traduit en 20 langues, est-ce un signe de qualité ?

En flairant les multiples tables de l'excellente librairie Les Guetteurs de Vent*, près du Parc Monceau, je tombe en arrêt sur un roman intitulé "L'instant d'après" de Sarah Rayner. Jamais entendu parlé du roman ni de l'auteur... Ah, peut-être un joli jour de chance, un jour à découvrir une belle pépite...



L'éloge figurant en couverture, ne fait pas dans l'a peu près. Non, la couleur est clairement annoncée. "Oh, quel merveilleux roman ! Il vous fera rire, sangloter, sourire et pleurer. Vous courrez l'acheter pour vos amis. Et quand vous l'aurez terminé, Anna, Lou et Karen seront comme des soeurs pour vous". Cette encourageante mention est signée Tatiana de Rosnay, s'il-vous-plait !

Un roman qui s'annonce aussi prometteur ne peut laisser insensible... Il faut absolument s'enquérir de la quatrième de couverture. Vif retournement, mêlé d'une fébrile excitation... "Classé en tête des meilleurs ventes en Grande-Bretagne pendant près d'un an et traduit dans vingt langues, L'Instant d'après a révélé la plume sensible et intelligence de Sarah Rayner au monde entier".

Propos dithyrambiques, couronnés d'un  "Notre coup de coeur" (lettres capitales, gras, centrées, de ELLE.

Plus d'hésitation possible ! Je ne passerai pas à côté du roman de la décennie. Non. Il est pour moi. D'autant plus qu'il n'en reste qu'un. Direction la caisse où je me déleste de 17,95 €.
J'attends patiemment le soir pour ouvrir et commencer une belle histoire avec mon nouveau roman.

Comme tous les matins Simon et Karen prennent le train pour Londres. Soudain, Simon s'effondre et décède victime d'une crise cardiaque. Dans le même wagon Lou, une jeune femme, assiste à la scène. Le train est stoppé, en attendant un taxi Lou rencontre, par hasard, Anna l'amie proche du couple. Cet événement tragique va influer sur la vie des quatre nouvelles amies. Sur près de quatre cents pages, nous avons droit au deuil de Karen, au coming out de Lou et à la rupture d'Anna avec son copain violent.

Les fidèles de ce blog le savent, j'aime faire partager mes lectures, en reprenant les citations, les réflexions, les points clés ou marquants des livres lus. Là, je n'ai rien trouvé à partager avec vous. RIEN. Ce roman est, selon moi, d'une vacuité totale.

Ecrire un roman profond sur le deuil est un exercice des plus difficiles. Il requière du talent, celui que nous offre, par exemple, Philippe Claudel avec "Quelques-uns des cent regrets" et "Meuse l'oubli" dans lesquels il évoque avec pudeur le renoncement et l'acceptation du deuil. Nicolas Fargues a aussi tenté et réussi cette épreuve avec "Tu verras" qui touche avec délicatesse les interrogations et la culpabilité d'un père suite au suicide son fils.

Donc, à moins d'avoir plus d'ennemis que d'amis, vous courrez sûrement leur acheter ce livre. Attendez au moins qu'il soit au format poche !

* Librairie indépendante Les Guetteurs de Vent

jeudi 22 août 2013

La cuisinière d'Himmler : un roman goûteux à savourer sans attendre !

Comme son titre ne l'indique pas du tout, "La Cuisinière d'Himmler" de Franz-Olivier Giesbert n'est ni un livre historique ni un livre politique. C'est un vrai bon roman sur l'optimisme et la joie de vivre ! 400 pages de drôlerie et de pur bonheur. Un régal tant pour les mots que pour les papilles.

Couverture de l'édition grand format

Rose, cuisinière de son état, entretient un tic mono maniaque avec la vengeance. Elle dézingue ses ennemis à tour de bras, se balade à travers le monde avec sa salamandre qui lui souffle dans les esgourdes ce qu'elle n'a pas envie d'entendre... Bref, Rose est un personnage haut en couleur, une femme unique !

Ceci est l’épopée drolatique d’une cuisinière qui n’a jamais eu peur de rien. Personnage loufoque et truculent, Rose a survécu aux abjections de cet affreux XXe siècle qu’elle a traversé sans rien perdre de sa sensualité ni de sa joie de vivre. Entre deux amours, elle a tout subi : le génocide arménien, les horreurs du nazisme, les délires du maoïsme. Mais, chaque fois, elle a ressuscité pour repartir de l’avant. Grinçant et picaresque, ce livre raconte les aventures extraordinaires d’une centenaire scandaleuse qui a un credo : «Si l’Enfer, c’est l’Histoire, le Paradis, c’est la vie.»


Rose est une philosophe, une amoureuse de la vie, elle cueille et savoure les petits bonheurs du jour comme autant de trésors. Alors que certains maudissent la routine quotidienne, Rose la vénère...

Au risque de paraître niaise, ce qui est sans doute ma vraie nature, je dirais que c'est ça , le bonheur : quand les jours se succèdent aux jours dans une sorte de torpeur, que le temps s'allonge a l'Infini, je le événements se répètent sans surprise, que tout le monde s'aime et qu'il n'y a pas de cris dehors ni dans la maison quand on s'endort à côté de son chat. (page 29)

Rose est une amoureuse des livres, qu'elle consomme à tour de bras...

"Tu les as tous lus ? Demandai-je.
- J'espère que je les aurai tous lus avant de mourir.
- A quoi ça sert de mourir cultivé ?
- À ne pas mourir idiot."
(page 120)

Rose est drôle et ne manque pas de piquant même dans les moments les plus sombres...

" Hélas, madame, la police est venue les prendre. Un commissaire m'a dit que c'était le jour de ramassage des Juifs, tous les Juifs.
- Les enfants aussi ?
- Le enfants aussi, qu'est-ce que vous croyez ? La police prend tout, chez les Juifs les petits, les vieux et les bijoux, mais pas les chats. Elle laisse toujours les chats. C'est un problème. J'en ai déjà récupéré cinq..." (page 216)

"La cuisinière d'Himmler" est l'occasion pour Franz-Olivier Giesbert de remettre les pendules à l'heure, d'égratigner au passage quelques intellectuels, qui en dépit d'un aveuglement sans limite ont paradoxalement été encensés par l'intelligentsia de l'époque (Drumont, Sartre...)

Rose a des convictions et une haine inextinguible, cet autre passage ne laisse aucun doute sur ce trait de caractères : "Dans la liste de mes haines, j'avais ajouté les noms de plusieurs intellectuels, et mon choix s'est finalement porté sur Louis Althusser, l'un des papes de Saint-Germain-des-Prés, qui a suivi un parcours somme toute logique : stalinien, maoïste, puis dément. N'ayant pas le courage de se tuer lui-même, il a étranglé sa femme longtemps après." (page 324)



A lire absolument !

Franz-Olivier Giesbert se glisse à merveille dans les habits de cette vieille femme optimiste et rebelle qui n'a pas été épargnée par la vie.
Il parvient à créer une telle proximité amoureuse avec son personnage que l'on pourrait croire que Rose est une version de FOG au féminin.

Ce roman ne laissera pas vos papilles indifférentes... L'auteur offre dans les dernières pages quelques unes des recettes fétiches de notre cuisinière. Je vous livre celle de la tarte aux fraises à l'américaine ou "Strawberry shortcake" du "Frenchy's". Vous m'en direz des nouvelles !



samedi 17 août 2013

EMERGENCY 911, un bon polar à découvrir... La preuve ici !

Camilla Läckberg est peut-être le bateau amiral de la collection Actes Noirs d'Acte Sud, il existe néanmoins de très bons auteurs de polars moins "starifiés" et qui n'ont pas (encore ?) été gagnés par la maladie contagieuse du "copier/coller" ou "CRTL C / CTRL V" pour les initiés ! J'arrête là car je sens monter en moi comme une onde de mauvais esprit qui ne demande qu'à jaillir.*

Concentrons sur le cas Ryan David Jahn, l'auteur d'Emergency 911.

Couverture "Emergency 911"
4ème de couv'... pour avoir une petite idée !

Dès les premières pages d'Emergency 911, l'auteur entre dans le vif du sujet. Ni perte de temps, ni temps mort. L'histoire se met en place : Ian, préposé aux appels en détresse au bureau du Shérif, reçoit un coup de téléphone de sa fille Maggie disparue sept ans auparavant... Celle-ci raccroche précipitamment.

"Les cercueils ne peuvent pas contenir les souvenirs, et la terre ne peut pas les enfouir...
Ian secoue la tête
"Non, dit-il. Y'a pas de corps a retrouver. Elle est en vie".
Et elle n'a plus sept ans, elle n'est plus figée dans le temps. Elle a quatorze ans, elle en aura quinze en septembre, et aujourd'hui elle l'a appelé à l'aide. Elle lui a parlé au creux d l'oreille.
Il ne la laissera plus jamais mourir."

Dès lors, Ian va désespérément tout mettre en oeuvre pour la retrouver, la sauver, réparer son absence et dépasser sa culpabilité pour enfin revivre.

La psychologie des personnages est travaillée, étudiée, terriblement bien menée et réussie ! Comment monsieur Tout le Monde peut arriver à des extrémités dans le crime par "amour", comment il vole des vies pour rendre vivable la vie de celle qu'il aime.

Combien de tortionnaires se cachent derrière des masques de "braves types" ?

"Il connaît tout le monde en ville, et tout le monde le connait. Et les gens l'apprécient, pour la plupart. Évidemment, c'est parce qu'ils ne le connaissent pas vraiment, pour eux il est toujours en train de sourire, de donner des petites tapes dans le dos, de demander des nouvelles des épouses des uns et des autres - mais ils sont nombreux, les gens qui montrent leur vrai visage ? Pourquoi vous croyez qu'on a une peau ? C'est bien pour cacher ce qu'il y à en dessous : ce qui est moche. Enlevez la peau et qu'est-ce qui reste ? Rien avec quoi vous auriez envié de taper la conversation."

Avec le personnage d'Henry (le meurtrier), Ryan David Jahn, mêle humour noir et noirceur d'âme avec brio. Ainsi, avant d'exécuter une énième victime Henri n'oublie pas sa bonne morale chrétienne...

"J'imagine que vous avez compris que c'était votre tour, dit Henry. Je pense pas que ça soit d'une grande consolation, mais sachez qu'on est chrétiens et qu'on dira une prière sur votre tombe au moment de vous enterrer." Tout de suite, la mort semble plus douce...

Vous l'aurez compris Emergency 911 n'est pas seulement un polar qui dézingue à tout va, c'est aussi un roman avec de jolis passages :

"C'est Burroughs qui avait raison : l'Amérique n'est pas un jeune pays. L'Amérique est vieille, sale, mauvaise. Elle était là depuis des millions d'années, à attendre, silencieuse ; elle était la terre de bêtes qui ne connaissaient que le langage de la chasse et de la violence, et elle attendait ; depuis une éternité elle était mauvaise, dangereuse, et elle attendait."

C'est un roman que l'on ferme à regret tant on aimerait savoir comment Ian va renouer les relations avec son fils, avec son ex femme devenue veuve, comment Maggie va réapprendre à vivre... Même s'il n'y a pas trop d'inquiétude à avoir pour Maggie...

"Il dit à Maggie qu'elle est la personne la plus courageuse, la plus forte qu'il n'ait jamais connue. Il lui dit : Tu es un miracle."

Je vous encourage vivement à plonger tête la première dans Emergency 911 durant vos vacances !

* Après mûre réflexion, une petite mise au point s'impose (gentille, bien évidemment). Ne manquez pas les prochains jours un post sur l'écrivaine de polars la plus tartignolle du grand froid. 

jeudi 16 mai 2013

Trois livres pour découvrir l'Erythrée et Asmara

Il existe des pays qui incitent plus à la rêverie que d'autres. Ceux qui ont su garder les stigmates du passé offrent des traits d'union précieux entre le passé et le présent. Asmara, capitale de l'Erythrée, en est un bon exemple.

L'Erythrée est cette petite langue de sable qui borde la mer Rouge, située au nord du Soudan, au sud de l'Ethiopie peuplée par un peu plus de six millions d'âmes. Ce petit pays est fascinant. Il garde l'empreinte laissée par les années de colonisation italienne. L'horloge s'est arrêtée... L'architecture y est encore remarquablement bien conservée.

J'invite tous les mordus d'architecture, à se procurer (je sais, ce sera difficile car ce livre se fait rare), "Asmara, Africa's secret modernist city", paru en 2003, aux éditions Merrell. C'est un ouvrage vraiment fabuleux, extrêmement bien documenté ! Il explique les racines Erythréennes, raconte l'histoire d'Asmara de 1889 à 2002 et détaille l'architecture de de 1889 à 1991 : les différentes influences architecturales, les architectes qui ont été à l'origine de la "re-création" de la ville, les plans des quartiers, des bâtiments publics, privés et des photos à foison.

Couverture, livre paru uniquement en anglais
Quatrième de couverture.
Je ne résiste pas à l'envie de partager avec vous quelques unes de ces photos qui vous donneront une petite idée de ce livre exceptionnel. La qualité (des photos) laisse à désirer...

Bâtiment du Ministère du Tourisme en 1935...

et aujourd'hui.

Station service Agip de 1937

Cinéma Impero de Mario Messina, de 1937

Bon, ça c'était le côté "carte postale". Il est difficile de pénétrer cette contrée tenue d'une main de fer, depuis une vingtaine d'années, par Issaias Afeworki. Comment décrire le monsieur ? Il a été le meneur de l'indépendance, le libérateur puis il s'est laissé gagner par le virus de la dictature (comme beaucoup d'autres de ses "confrères"...).


Couverture du livre, paru en 2012

Pour bien comprendre le contexte politique, économique et social de L'Erythrée, lisez "Les Erythréens", livre paru chez Rivages de Léonard Vincent, journaliste qui s'intéresse beaucoup à cette partie de la Corne de l'Afrique.

Ce livre est écrit comme un roman, c'est un reportage sur un pays meurtri (la liberté de la presse y est interdite depuis 2001) face à son histoire. L'auteur y décrit la souffrance de ce peuple, les rencontres avec les réfugiés clandestins, les émigrés partis vers les Etats-Unis, le Canada ou la Suède laissant leur famille sous le joug de la police.

C'est un livre témoignage bien écrit, intéressant et enrichissant.

Léonard Vincent suit un blog (à ne pas manquer) sur l'Erythrée. A consulter ICI.

Autre vision de l'Afrique, celle de Jean-Christophe Rufin. Ce roman, paru chez Gallimard en 1999, a été couronné par le prix Interallié sous le titre "Les causes perdues".
Avec "Asmara et les causes perdues", Jean-Christophe Rufin, dresse un portrait sans concession de l'engagement humanitaire. "Asmara, ancienne capitale coloniale italienne dresse encore sur le sol d'Afrique ses palais romains, ses villas toscanes et ses colonnades vénitiennes. C'est dans ce décor baroque et nostalgique, isolé du monde par trente ans de guerre civile, que débarque, en 1985, un groupe d'humanitaires français, venus porter secours aux victimes d'une invisible famine qui fait rage quelque part, loin sur les hauts plateaux arides qui entourent la ville."

Hilarion Grigorian, le narrateur de l'histoire est un  vieil homme originaire d'Arménie et habitant Asmara depuis très longtemps. Jour après jour, il suit les événements qui se déroulent autour et au sein de la mission, grâce à son employé Kidane qui joue le rôle de rapporteur et s'immisce dans la vie personnelle de Grégoire, le responsable des opérations humanitaires, d'Esther, aimée de ce dernier, ainsi que des autres membres de l'équipe. Querelles internes, passions intimes, manipulations politiques, rien ne lui échappe...
Au format poche, Folio n° 3492


Avec ces trois livres très différents, j'espère vous avoir donné envie d'en connaître un peu plus sur ce pays et cette capitale. Peut-être même d'y aller faire un tour ! D'ailleurs, je vous ai trouvé un petit hôtel...

Selam Hôtel, Via Oriani, rebaptisée Maryam Gmbi Street, depuis l'indépendance... ou la dictature.
et sa salle à manger, années 30' pur-jus
Bon voyage !