lundi 25 mars 2013

Un libraire-éditeur et un auteur uruguayen. Rien que ça !

Le libraire c'est Jean-Marie Ozanne, un homme très important dans le milieu de la librairie. Il a fondé au début des années 80' la librairie Folies d'encre à Montreuil et participé à la naissance du salon du Livre enfance et jeunesse, toujours à Montreuil. Ce libraire pas comme les autres est aussi le créateur des Editions Folies d'Encre.

Jean-Marie Ozanne a publié "Les lettres qui ne sont jamais arrivées", le premier roman traduit en français de Mauricio Rosencof. Méconnu en France, cet auteur est le fondateur dUn liu mouvement Tupamaros. Il a passé onze années dans les geôles de la dictature uruguayenne.

"Les lettres qui ne sont jamais arrivées" est un roman sur la mémoire, sur les mémoires : de la famille, des lieux, des mots, des souffrances, des petits riens qui font la vie.
C'est l'histoire d'une famille qui a quitté l'Europe pour l'Uruguay afin d'échapper à la barbarie. Seulement tous ne sont pas partis. La famille restée en Europe "s'installe" à Teresienstadt et débute alors une correspondance avec les exilés.

Les semaines passent et Isaac est toujours en attente de nouvelles d'Europe...

"Une nuit, vois-tu, une fille de notre baraquement s'est mise à pousser des hurlements terribles ; une minute plus tard, nous poussions toutes des hurlements sans savoir pourquoi. Pourquoi ? Je pense que cette plainte affligeante qui parfois traverse l'air comme un oiseau sans corps, est l'expression du dernier vestige de la dignité humaine.
C'est un recours, le seul recours, peut-être, qui permette à un homme de laisser une empreinte, de faire savoir à ses semblables comment il a vécu et comment il est mort. Il revendique, avec des cris, son droit à l'existence, il adresse un message au monde extérieur pour réclamer de l'aide et manifester sa résistance. Si plus rien de tout cela n'existe, il ne devrait pas crier..."

"... Lorsque j'étais petite, Isaac, je me demandais où allaient les rêves. Tu rêves et les rêves sont semblables à de l'eau. Où va toute cette eau ? Dans la mer ? Et ensuite, elle se transforme en nuage ? Les rêves, alors, reviennent avec la pluie. Et les cris ? Aujourd'hui, je me pose la question. Où vont-ils ? Ils ne peuvent pas, il ne doivent pas se perdre. Il est impossible qu'ils se perdent, ils ne peuvent pas se dissoudre dans le néant, s'éteindre dans le néant, mourir pour rien, ils ont été créés pour quelque chose. C'est nous qui mourons, chaque matin, pendant que Grete fait sa sélection, toutes les fois qu'un train arrive. Mais pas nos cris, non, pas ce cri.
Dieu fasse que nos cris hantent la mémoire de ceux qui ne savent pas, de ceux qui savent et se taisent, de ceux qui ne veulent pas savoir".

Ce romance n'existe pas (encore) au format numérique.

"Ces lettres ne te parviendront jamais Isaac. Ou si elles te parviennent un jour, alors c'est que nous, nous n'existerons plus. Mais de fait, nous serons encore vivantes.

Peut-être que d'autres écrivent des lettres similaires. Moishe doit savoir que nous les écrivons, pour qu'il sache qu'elles ont été écrites en mémoire de ses oncles, de ses cousins, de ses grands-parents. Nous voulons faire partie de sa mémoire, Isaac.

Chacun d'entre nous fait partie intégrante de la mémoire des autres, générale, collective. Moishe aussi. Moishe fait partie du tout, de tous les autres. Moishe est son chat ainsi que ses parents. C'est aussi le frère qui va mourir et aussi, son ami Fito. Moishe est nous tous.
Ainsi va la nature humaine."

L'histoire se perpétue... Ce fils traumatisé par les violences de la mémoire familiale est à son tour, en autre lieu, autre temps, emprisonné, victime de l'intolérance.


"La scène se déroule dans les bas-fonds de la caserne du septième de cavalerie, basé à Santa Clara de la Frontera. Imagine cette brillante opération de nos Forces Armées : la porte du cachot vient de s'ouvrir et je me retrouve face à deux officiers. Pendant que l'un me menotte, l'autre me dévisage, tranquillement assis sur le tabouret qu'il a emmené avec lui. Une voix résonne : "on est venu te liquider. Regarde où tu veux. Bouge pas. T'es mort". Le militaire arme le percuteur de son 45, braque le colt sur ma tempe, une balle engagée dans le canon, ce lieutenant est dans son rôle de cow-boy prêt à cracher du plomb, le doigt sur la gâchette - cette fois-ci c'est la bonne, adieu camarades - et c'est à cet instant précis qu'en mon for intérieur, façon aimable de tirer ma révérence, j'ai murmuré la Parole".

Ainsi va le monde...

Maurico Rosencof a aussi écrit "El Bataraz" (édité aux Editions Folies d'Encre), un livre poignant relatant son incarcération, en tant que prisonnier politique durant les années 70'. Mais le temps passe, ce sera pour une prochaine fois !

vendredi 22 mars 2013

Connaissez-vous Laura Sadowski ?

Le but de ce blog est de partager autour des livres, d'échanger autour d'auteurs connus et de mettre en lumière des auteurs méconnus que apprécie. L'auteure dont je vais vous parler aujourd'hui est Laura Sadowski.

Après une enquête, menée auprès des libraires de mon quartier, qui s'est révélée infructueuse, je pense que ce (modeste) blog est le dernier recours pour tirer Laura Sadowski de son injuste anonymat. ;)

Amatrices et amateurs d'histoires abracadabrantesques, passez votre chemin ! Laura Sadowski compose des thrillers judiciaires. J'ai bien écrit "judiciaire", donc forcément la rigueur est de rigueur (!), les intrigues sont tirées au cordeau, les détails des procédures cadrent, étayent les histoires.

Laura est un condensé de, Harlan Coben, Michael Connelly et... Frédéric Pottecher, qui savait comme personne, retranscrire et faire partager l'ambiance des grands procès, des enjeux qui se jouent, des rebondissements et des verdicts qui tombent comme des couperets.

Parmi ses oeuvres, j'en ai choisi trois : "L'affaire Clémence Lange", "La Géométrie du tueur" et "Sanglante, sera ta fin".

"L'affaire Clémence Lange" est éditée
aux Editions Odile Jacob


J'avoue que je n'avais jamais entendu parler de cette dramatique affaire avant la lecture des évènements relatés dans "L'affaire Clémence Lange".

Nicolas Kléber est un avocat à qui tout réussit. Par un étrange concours de circonstances (bien calculées), à la veille d'un réveillon de nouvelle année, il se retrouve emprisonné à la prison de Fleury-Mérogis, où une ancienne cliente de son cabinet purge une peine de quinze ans pour avoir assassiné son patron et amant. Le procès va se rejouer entre les deux protagonistes.

Et si Clémence Lange était innocente ? Et si elle avait été désignée coupable "idéale" ? Et si une autre maîtresse avait tué la victime ? etc.

Ce huis clos entre l'avocat, la détenue et le lecteur est fort bien construit, il distille un réel malaise.

J'ai ressenti la même sensation à la lecture de "L'affaire Clémence Lange" que celle qui m'avait saisi lors de la découverte du "Pull-over rouge" de Gilles Perrault : un amer sentiment d'impuissance.


Avec "Sanglante, sera ta fin" nous partons bien loin de Fleury-Mérogis, pour Dallas de l'autre côté de l'Atlantique. Vous allez faire connaissance avec le système judiciaire américain et pénétrer une machination infernale...

Maître Franck Farraud est désigné (pas par hasard...), pour représenter Teddy Lamar, un jeune délinquant franco-américain réfugié à Paris, qui risque la peine de mort dans son pays, vers lequel il va être extradé. Tout accuse Teddy Lamar d'un sanglant carnage. Franck Farraud voit là, l'occasion rêvée de briller en le sauvant de la peine capitale. Mais les évènements ne ne sont pas toujours ce qu'ils semblent être...

Dès la première page, vous serez saisi par la rapidité des situations qui s'enchaînent, les rebondissements (toujours crédibles) vous étonneront, vous n'en décrocherez pas !
A la dernière ligne, vous direz "waouh !" tellement vous n'aurez pas vu la chute venir ! D'ailleurs, à cette chute, j'espère bien qu'il y aura une suite...

Laura Sadowski vous invite, sur son blog, à découvrir le premier chapitre de "Sanglante, sera ta fin". 

"Sanglante, sera ta fin" en version numérique.
La version papier existe aussi !

"La Géométrie du tueur" en numérique.
J'ai choisi "La Géométrie du tueur" en raison de la psychologie des personnages qui se dégage et qui est déconcertante. Du portrait de ce père avocat en quête d'explications, au profil du serial killer et de la relation qu'il entretient avec sa fille.

Mathis Clay'h est un avocat paumé, divorcé, qui a sombré peu à peu dans l'alcoolisme et la dépression suite à la disparition inexpliquée de sa fille adolescente. Il hante les tribunaux pour être commis d'office. Jusqu'au jour où il rencontre une jeune fille qui lui demande d'assister son père accusé d'être un tueur en série. Ce dernier va jouer avec l'avocat en lui proposant un marché ignoble : le faire acquitter contre la vérité sur sa fille !

L'accusé se transforme en effroyable maître chanteur face à cet avocat condamné à l'aider pour tenter d'avoir une réponse...

C'est un très bon polar, noir et haletant. 

Je pourrais vous dresser la liste exhaustive de ses livres. Mais, le mieux c'est encore de les lire ! Pour les acheter c'est ici !

Il existe plusieurs dénominateurs communs aux livres de Laura Sadowski :
  • Des personnages à la psychologie toujours très aiguisée, faillibles, humains, brisés.
  • Des intrigues sans cesse renouvelées, assez travaillées pour être aussi réalistes qu'incroyables.
  • Une écriture simple qui se prête à merveille à la complexité des histoires. 
En fait, il existe surtout un dénominateur commun aux livres de Laura Sadowski : c'est le talent.

samedi 9 mars 2013

Marie Potvin : du numérique au papier

Marie Potvin connait un franc succès chez NumérikLivres, éditeur 100 % numérique, avec plusieurs livres dont la célèbre série "Les héros ça s’trompe jamais" (qui entame, d'ailleurs, sa saison 2). Notre auteure a délaissé un temps les bidules électroniques pour revenir au bon vieux papier. En effet, son dernier récit dit "de fille" (pas interdit aux garçons pour autant...), vient d'être publié aux Editions Goélette.


C'est l'occasion rêvée de lui poser quelques questions...
Ne nous privons pas !

Pouvez-vous nous présenter votre livre "Il était trois fois... Manon, Suzie, Flavie" ?
Cette parution est la compilation de trois de mes romans tirés de la collection ROMAN DE FILLE publiée chez Numériklivres : "Le Retour de Manon Lachance", "Suzie et l'Homme des bois", et "La Naufragée urbaine". Ce sont trois comédies romantiques dont le ton et les personnages avaient ce petit quelque chose en commun, comme si elle auraient pu être amies facilement. Dans cet ordre d'idées, j'ai créé des scènes "bonus" nous permettant d'assister à leur amitié naissante en début de livre, ainsi qu'à la toute fin.

Pourquoi passer du format numérique au livre objet ?
Je le perçois comme un ajout, une corde de plus à mon arc. Le livre "objet" est un produit différent du ePub et touche encore un public autre que celui qu'atteint l'univers du numérique. J'élargis mes horizons!

Pourquoi passer du format numérique au livre objet ?
Je le perçois comme un ajout, une corde de plus à mon arc. Le livre "objet" est un produit différent du ePub et touche encore un public autre que celui qu'atteint l'univers du numérique. J'élargis mes horizons!

Que représente pour vous ce changement ?
Ça m'ajoute du travail (rires) ! Toute maison d'édition demande ses ajustements, et les Éditions Goélette ne sont pas différentes en ce sens. Je le vois comme un opportunité de faire de nouveaux apprentissages, de bénéficier d'une nouvelle visibilité et aussi, de permettre à ma prose de faire boule de neige dans un sens comme dans l'autre, la visibilité papier aidant celle du numérique et vice versa.

Où les lecteurs vont-il pouvoir acheter votre livre (en dehors du Web) en France (libraires indépendantes, chaînes type Fnac, grandes surfaces...) ?
Pour l'instant, le livre papier sera publié au Québec seulement. Dans un futur plus ou moins rapproché, la France est en mire, c'est bien évident et je l'espère grandement.

Serez vous présente au Salon du Livre de Paris ? 
Je serai de la plupart des Salons qui se dérouleront au Québec cette année. Pour l'instant, Paris reste un projet. Le jour où j'irai, vous serez parmi les premières à apprendre et ce sera une excellente nouvelle! Ce sera un rendez-vous!



Caline de bine ! Pour avoir une dédicace de Marie, des petites (ou grandes) vacances chez nos cousins québécois vont s'imposer...

Bonnes vacances et bonne lecture (en papier ou numérique) !

jeudi 7 mars 2013

Guillaume Musso : redoutablement efficace

Comme chaque année j'achète le dernier livre de Guillaume Musso (XO éditions), sous l'oeil ironique et goguenard de mon libraire. Immanquablement, lors de mon passage en caisse, il me fait : "Non, pas vous...". Je sais, il est certainement plus chic et de bon goût de citer les écrivains de "vraie littérature" les Haddad, Michon, Delerm, Nabe, Germain, Millet... que d'avouer lire Musso !

Mais pourquoi devrions-nous faire un choix ? Pourquoi ne pourrions-nous pas apprécier plusieurs styles sans être automatiquement coller dans des catégories de lecteurs : "bons", "mauvais", "intellectuels", "béotiens"... ? La diversité est partout ! Laissons-la aussi s'exprimer en littérature !

"Demain", le dernier opus de Guillaume Musso, est un polar rapide et efficace à la mécanique très bien huilée.

L'histoire est bâtie comme un vrai scénario hollywoodien (d'ailleurs, ce livre aboutirait à un film que cela ne m'étonnerait pas...). Dès les premières phrases, le lecteur est implacablement entraîné dans la vie de Matthew Shapiro, prof de philo toujours très amoureux de sa parfaite (vraiment ?) et brillante épouse chirurgienne, décédée dans un accident de la route.

Matthew achète un Mac d'occasion sur une braderie et lors de la première connexion, entre en contact avec sa précédente propriétaire, Emma. S'engage alors une correspondance par emails qui va aboutir à un rendez-vous manqué. Pour cause : l'un vit en 2010, l'autre en 2011 !

Emma, jeune femme fragile et suicidaire va se révéler forte et combative pour déjouer les obstacles les plus incroyables.


Evoluant entre thriller et comédie romantique, "Demain" est extrêmement bien ficelé. Les intrigues tiennent debout. La rapide succession des scènes, les rebondissements, les retournements de situations, tout est mis en oeuvre pour vous rendre totalement "addict". Assurément vous le devenez ! Pour ma part, j'ai trouvé "Demain" tellement distrayant qu'il m'a été impossible de le refermer avant de connaître le dénouement.

Cela tient aussi au fait que les personnages de Guillaume Musso sont terriblement vivants. Ils occupent l'espace, ils marquent leur passage, les lieux deviennent familiers... "Matthew vivait depuis trois ans dans cette maison de brique rouge à l'angle de Mount Vernon Street et de Willow Street. Une jolie townhouse à la porte blanche massive et aux volets en bois sombre, dont la vue donnait sur Louisburg Square."

La proximité avec le lecteur est si forte, la frontière entre fiction et réalité est si mince que j'ai été curieuse de savoir à quoi pouvait bien ressembler Mount Vernon Street, Beacon Hill à Boston ! Pour vous éviter de chercher, voici la réponse...
Plan de Boston, Beacon Hill
Une certaine ressemblance avec la maison de Matthew, non ?

Si le volume de 430 pages vous effraye, téléchargez-le sur votre liseuse. XO éditions propose le format numérique à un prix vraiment attractif de 13,99 € contre 21,90 € la version papier.

lundi 25 février 2013

Gilles Zerlini : "l'autre" écrivain Corse

Chez les corses je demande le très médiatique (maison d'édition qu'il faut pour obtenir le prix qu'il faut) Jérôme Ferrari. Evidemment. Après avoir lu ce billet j'espère que vous demanderez, non pas à votre grand-mère qui joue aux cartes avec vous, mais à votre libraire préféré le livre de Gilles Zerlini, l'auteur de "Mauvaises Nouvelles", paru aux éditions Materia Scritta, en 2012.

Couverture du livre de Gilles Zerlini
"Mauvaises Nouvelles" est un recueil de treize nouvelles écrites dans un style impeccable. Diverses époques, divers lieux (même si la Corse revient souvent) et combats.

Le point commun de ces courts récits est la férocité, la dureté des mots et des personnages. Les textes sont poétiques, les chutes raides et assassines.

Parmi mes préférées :
 "Star spangled banner" évoque la déroute d'un soldat en bout de course :  ... "Et tu ne vis jamais ton crâne éclaté par une balle de gros calibre ni les mots des journaux du lendemain. Tu ne sus jamais non plus que tes frères d'armes te mirent sur le dos, après la disparition toutes les actions que tu avais effectuées et bien d'autres où tu n'étais pas. Considéré comme mort tu permettais ainsi d'innocenter d'autres soldats de l'ombre en attente de jugement ou en cavale. Mi-héros mi-doulos. C'était, sans que tu le saches, ton dernier acte de militant, ta dernière défaite".


"Caveau", la mise à mort effroyable d'une famille. La fin d'une époque... "Aux Martins le temps coule comme ça depuis des milliers d'années, il y a les bêtes, les plantes et les arbres, il y a les saisons, la montée en estive et la descente en plaine, les naissances et les morts de tout cela, des herbes et des arbres, des mois et des années, et les pierres qui se fendent et qui fondent en sable, il y a le ciel gigantesque toujours là, et la route des étoiles dans la nuit et la mer là-bas au bout de l'horizon, et nous au milieu ne sachant trop que faire".

"Trois soeurs et un frère" ou des destins opposés et soudés à la fois . "Et ainsi on vit par cette claire journée de fin d'été, en tête de cortège d'une foule noire vêtue, marchant dans l'argent du soleil : un militant communiste, une bonne soeur et une pute à la retraite accompagner leur soeur à sa dernière demeure".

Les trois dernières nouvelles, "Dégueuler", "Vendre" et "Se taire" évoquent le (non)futur de la Corse.

Extrait de "Vendre" (pages 107 et 208) ...

"Arrêtez de faire semblant. Puisqu'en fait tout est à vendre.
...
Vendez les jardins, les potager les vergers. Vendez les terrains où les anciens enlevaient pierre à pierre, là où ils charriaient de la terre pour combler les planches pauvres.
...
Coupez les chênes vieux, les plus gros les plus larges ; oh, après tout coupez tout, faites-en du bois de chauffage écologiquement compatible, pour réduire votre empreinte de CO², pour faire des barbecues entre amis.
...
Détruisez les tombes, les caveaux, les sépultures oubliées, les mausolées, faites des réductions de corps, puis jetez les os à la mer ou donnez les aux chiens. Les morts aujourd'hui s'incinèrent, la cendre conservée dans une urne de marbre, dispersée au vent, ou oubliée dans un cendrier du salon. Le terrain gagné rapportera toujours plus que ces hommages archaïques et inutiles.
...
Revendez les marbres à un artisan, les plaques mortuaires à un brocanteur, faites-en du dallage à moindre frais.
...
Sciez à la base les vieilles croix de fer, elles serviront aux cimetières pour chiens dans des pays riches.
...
Démontez les chapelles en pierres, numérotez chaque élément, et exportez-les dans les nations sans histoire accompagnés du manuel de reconstruction. Eteignez à jamais les lumières des phares.
...
Renversez et enterrez les pierres dressées les dolmens, les alignements. Tuez les bêtes des eaux, tuez celles du ciel et celles de la terre, bestiaux reptiles et bêtes sauvages, faites-en du pâté et mettez-les en boite.
...
Gommez les étoiles du ciel, ne distinguez plus le jour de la nuit et laissez vos boutiques ouvertes sans interruption.
...
Offrez-leur votre amitié avant qu'ils ne partent, c'est toujours quelque choses de plus. Ne vendez pas votre âme, vous n'en avez plus, contentez-vous de manger leur merde".

Ne cherchez pas "Mauvaises Nouvelles" (12 €) sur les tables des supermarchés encore moins en tête des gondoles, pas non plus en home d'Amazon ou des sites communautaires de lecture, pas non plus de format numérique. Non, vous ne le trouverez pas. Gilles Zerlini se cache, se réserve, se livre uniquement aux initiés, se refile sous le manteau !

J'espère vous avoir donné envie d'aller le débusquer là où il se cache : chez votre libraire indépendant préféré. Vous ne le regretterez pas !

jeudi 21 février 2013

Comment vendre des livres numériques ?

Au Labo de l'Edition, espace dédié au numérique à Paris, Vincent Marty, directeur général de Dilicom et en charge du projet MO3T, a tenté de répondre à l'épineuse et très intéressante question : comment vendre des livres numériques ?



Parmi les participants, on comptait des éditeurs et libraires indépendants. Chacun avec des problématiques et craintes bien particulières.

Pour les éditeurs : comment distribuer nos livres ? sur quelles plateformes ? peut-on échapper aux mastodontes (Amazon et Apple) ? fichiers avec ou sans DRM ? etc.

Pour les libraires : quel intérêt pour un client d'aller chez son libraire de quartier pour télécharger un livre ? quels investissements doit-on réaliser pour quelle rentabilité ? allons nous devenir des vendeurs de chez Darty ? etc.

Nous étions dans le concret, le tangible, le factuel !
Des questions vraies !
Le postulat de Vincent Marty est de dire : "Si l'on ne tente pas maintenant de comprendre notre environnement et son évolution et de bâtir un projet qui prend en considération les différents acteurs de la chaîne du livre, pour essayer de faire en sorte que chacun y trouve une opportunité, il est certain que l'avenir ne sera pas rose."

Les débats de la matinée ce sont donc orientés sur :

Les freins :

* Le taux de pénétration des appareils connectés.
* La technique.
* L'offre de livres numériques.
* La différence de prix entre les versions papier et numérique.
* La présence de "big players" détaillants.

Les solutions proposées aux libraires pour vendre les livres, parmi lesquelles :

leslibraires.fr
Fondé à l'initiative de la librairie Dialogues, à Brest, le site leslibraires.fr a pour but de permettre de retrouver sur Internet ses libraires préférés, leur atmosphère particulière, la qualité de leur servie et de leurs conseils, leur choix et leurs spécificités.
C'est un véritable réseaux de libraires indépendants, qui proposeront un très large choix de livres neufs, mais aussi de livres anciens, rares ou d'occasion.

epagine.fr
ePagine permet à tout libraire de vendre en magasin et sur Internet l’ensemble de l'offre papier et numérique des éditeurs. Les libraires peuvent vendre dès maintenant des livres numériques et les lecteurs achètent leurs livres numériques aux libraires.
Pour cela, il suffit juste de choisir une libraire au moment de la création de son compte. C'est la librairie choisie qui reçoit le paiement.

ou encore numilog.com et tea-ebook.com.

Autre solution mise en place pour les libraires : le Hub Numérique Dilicom. Il s'agit d'un réseau en étoile qui relie les distributeurs et les libraires en un seul point.
Le Hub offre une palette de services complète basée sur la mutualisation des coûts, schématisée ainsi :


Le Hub permet de gérer les différentes transactions nécessaires au développement du commerce de produits dématérialisés :
  • Fourniture des métadonnées collectée auprès des plateformes de distribution
  • Transmission des commandes des revendeurs vers les différentes plateformes de distribution.
  • Livraison des liens destinés aux consommateurs finals des plateformes de distribution vers les revendeurs.
  • Reporting pour faciliter le service-après vente (SAV) assuré par les revendeurs.
Il ne se substitue pas aux entrepôts de données ni aux plateformes de distribution qui conservent leurs prérogatives. Il ne propose pas non plus de solution logicielle "clé en main" à destination des revendeurs.
Il permet à un utilisateur de multiplier les connexions avec les fournisseurs ou les revendeurs tout en utilisant un point d’accès unique avec le même protocole de communication et en choisissant une fois pour toutes le format des transactions, etc.
La documentation technique du Hub Numérique Dilicom est consultable ici.

Reste à savoir combien ces adaptations coûteront aux libraires indépendants économiquement déjà très fragiles et surtout pour quelle rentabilité ?...

dimanche 10 février 2013

Pascal Garnier à lire et à relire en papier et en numérique

La sortie de "La Place du mort" de Pascal Garnier chez Zulma numérique est l'occasion idéale pour évoquer cet écrivain contemporain incomparable.

A l'instar des bons auteurs, Pascal Garnier avait sa propre griffe, cette façon bien à lui de conter des histoires désopilantes et effroyables, avec un humour tantôt décalé tantôt cynique et un style poétique inimitable. Ainsi, A sa mort, Fabien hériterait d'une montagne de silence".

Pascal Garnier
"La Place du mort" au format numérique

Dans "La Place du mort", Fabien se retrouve veuf suite à "l'accident" de voiture de sa femme. Il apprend que cette dernière a trouvé la mort avec son amant à ses côtés. Dès lors Fabien, poursuit le but de rencontrer la veuve de l'amant de sa femme. Il se met à épier la malheureuse veuve Martine, soutenue dans l'épreuve par Madeleine qui n'est autre que ex-femme de son défunt mari !

Fabien est convoqué par le commissaire Forlani pour constater le décès...

- Savez-vous quelles étaient ses dernières volontés ?
- Ses dernières volontés ?
- Oui, si elle souhaitait être inhumée ou incinérée ?
- Je n'en sais rien... Je suppose qu'elle ne souhaitait pas mourir du tout, comme tout le monde.

et évoquer les tragiques circonstances de l'accident...

- Non, je ne conduis pas.
- Vous voulez dire que vous n'avez pas le permis ?
- C'est cela. Je déteste les voitures. Avouez que les événements me donnent raison, non ?

Fabien parvient enfin à capter l'attention de Martine et Madeleine et embarque avec elles pour un voyage sanglant. L'amitié naissance du trio infernal tourne à la boucherie collective ! Martine dézingue sa copine Madeleine et la loge dans le congélo. Une panne d'électricité vient à point nommé perturber ses plans...

Combien de temps fallait-il à une Madeleine pour décongeler ?

- Le supermarché ferme à l'heure du déjeuner. Il a fallu que j'attende l'ouverture. Ca fait longtemps qu'il n'y a plus de courant ?
- Suffisamment pour que Madeleine soit prête à mettre au four.

Durant tout le livre on oscille entre tendresse et cruauté. Pascal Garnier associait comme personne humour noir et personnages démesurément humains.


Une autre pépite de cet auteur à découvrir "Nul n'est à l'abri du succès", toujours chez Zulma.

Jean-François Colombier est un écrivain accoutumé à de très médiocres tirages, jusqu'au jour où il se retrouve lauréat d'un grand prix de littérature. Avec la célébrité, tout lui tombe dessus en même temps.

Mais la vie noctambule est pavée d'anges bizarres. Il croise des personnages improbables : Agathe, la une  punkette totalement déjantée, Maître Billot un avocat véreux spécialiste des causes perdues téléguidé par sa mère...

Le retour à la normalité va virer au cauchemar...


Alors, papier ou numérique ? Qu'importe le format... ce qui compte c'est la qualité du texte ET le plaisir de lire.
Avec Pascal Garnier, assurément, nous avons les deux.