vendredi 6 mars 2015

Princesse Camcam, j'suis toujours aussi accro !

J'ai quelque peu (mais de très peu) passé l'âge des livres jeunesse. Cependant, j'adore m'attarder dans les rayonnages des albums dédiés aux enfants (et aux grands aussi, si je veux !) L'univers qui me plait le plus est celui de Princesse Camcam.

Depuis plusieurs années, je suis une fan absolue de son travail. Princesse Camcam écrit le texte et réalise les sublimes illustrations elle-même. Un talent vraiment complet ! En 2012, je vous avais déjà présenté deux de ses albums. Je suis fidèle et récidiviste !

Aujourd'hui, focus sur deux livres parus dans une nouvelle collection et dans un nouveau format.

Le premier "Dans un vieux manoir", est une balade pleine de surprises de la cave au grenier : suivez le guide !

Un gros matou prend les choses en mains et décide de faire visiter l'imposante demeure de ses maîtres aux petits chiots de la maison. Le petit groupe commence ses pérégrinations par le salon, la cuisine, la salle à manger, la chambre "du petit humain"... jusqu'au fatal grenier. "Chut, restez bien près de moi... NON ! N'ouvrez pas !" Les chiots ouvrent le coffre où sommeillent... des souris. Le chat tombe à la renverse raide de peur ! Remis de sa frayeur, notre matou se fait des amis et s'installe dans une vieille armoire oubliée, devenue le royaume des rongeurs. Le matou devient un vrai pacha "Oh... comme c'est gentil chez vous ! Si on m'avait dit plus tôt que c'était de charmantes petites souris qui vivaient là... Encore une tartine de croquettes ? Puisque vous insistez..."
Finalement, pas si méprisables que cela les souris !
Album paru aux Editions Autrement


Dans la cuisine du manoir...

et dans la salle de bains.

Livre paru aux Editions Autrement

Le second livre, "Promenade au jardin", est aussi une pure merveille ! C'est une invitation à la rêverie, à une balade dans le parc... d'un vieux manoir.

Là aussi, des surprises à foison, de la mare au potager.

Notre matou pétochard repart avec les chiots pour de nouvelles aventures... "Dans ce vieil arbre habite une bande de ratons-laveurs. Ces animaux sournois ont toujours l'air de préparer un mauvais coup. Maman me disait d'ailleurs de m'en méfier. J'ai bien suivi son conseil et figurez-vous qu'il ne m'est jamais rien arrivé ! Ils déambulent près d'un modeste étang où dorment des grenouilles, "elles sont en outre très mal élevées : sachez en effet, petits chiens, que l'on ne dit pas "côa" mais "comment". Fat et prétentieux notre chat, "Oooooh... Vous n'aviez donc pas oublié mon anniversaire ! Quel nigaud je fais parfois. C'est une statue de moi ? Je suis très touché, merci mille fois mes amis. Mais, dites-moi... Il n'y aurait pas un peu trop de bougies sur ce gâteau ? Enfin ce n'est qu'un détail !... mais tellement attachant. 

La bande de ratons-laveurs...

et la serre des pics-verts

Les albums de Princesse Camcam sont féeriques. Elle nous ouvre un monde de poésie extraordinaire, fait de couleurs intenses et de gaieté et de dessins à croquer. Finesse des traits, délicatesse et précision, on passerait des heures sur chaque planche à scruter les détails, à soulever les caches au-dessus des dessins, à découvrir mille trésors... J'adore les livres de cette auteure qui sont de véritables oeuvres d'art que l'on garde précieusement et qui, l'espace de quelques heures, ont le pouvoir de me faire remonter le temps...

dimanche 1 mars 2015

Elizabeth Goudge pour renouer avec la littérature Victorienne

Il est toujours triste de refermer un livre qu'on a aimé. C'est un peu comme perdre un ami. On sait qu'il était là, qu'on était bien avec lui, qu'un moment passé en sa compagnie était agréable. A présent il va falloir continuer sans lui... "La Colline aux Gentianes" d'Elizabeth Goudge laisse ce goût amer de FIN. Si vous comptez Emily Brontë, Thomas Hardy ou encore Wilkie Collins parmi vos auteurs favoris, vous allez adorer Elizabeth Goudge.

Cette romancière anglaise du XXème, quelque peu méconnue, me semble t-il, écrit dans un pur style Victorien. "La Colline aux Gentianes" est un récit romanesque, religieux et mystique sur fond de guerres napoléoniennes, qui raconte la légende de la chapelle Saint-Michel, à Torquay.

Livre paru aux éditions Phébus, collection Libretto n°266

Construite au XIIIème siècle, elle a subsisté jusqu'à une époque récente. Au début du XIXème siècle, tout bateau jetant l'ancre à Torquay avec un équipage catholique devait y organiser un pèlerinage.

Anthony Louis Marie O'Connell, jeune noble de quinze ans engagé comme midship sur un navire de la marine britannique, déserte pour échapper à la peur et à la dureté de sa condition. C'est sur la colline aux gentianes, butte surmontée d'une chapelle au-dessus du port de Torquay, où les marins se rendent, que le garçon rencontrera Stella âgée de douze ans, fille adoptive d'un couple de fermiers. Stella et Zachary se lient d'amitié. Afin de garder l'anonymat, il lui donne un faux nom. "Comme tous les enfants, elle attachait aux noms une grande importance : le nom de baptême vous met en rapport avec Dieu et le nom patronymique avec votre père. Quand on possède ces deux noms, on a sa place dans le monde et l'on peut marcher en sécurité, bien encadré à droite et à gauche. Si l'on n'en a qu'un, on a subi une sorte d'amputation". (page 68)

Les deux enfants rêvent d'une autre vie et d'autres contrées...
En ces périodes de guerres et de Terreur, les personnages d'Elizabeth Goudge ne cèdent pas à la noirceur. Le docteur Crane est un des personnages central du roman. Il enseigne les sciences, la littérature, la philosophie à Stella qui en dresse un portrait : "Quand il était assis, sa tête massive et ses larges épaules donnaient à croire que sa taille dépassait de beaucoup la moyenne, mais quand il se levait, on s'apercevait qu'il était très petit ; il avait les jambes torses et était un peu bossu. Dans son jeune temps, il avait dû être d'une laideur grotesque, mais, à son âge, ses infirmités même ajoutaient à l'effet qu'il produisait ; elles renforçaient l'expression de grandeur qu'il portait sur son visage et qui exprimait la victoire remportée contre vents et marées". (page 87)

Un physique peu amène complété par, un caractère bien trempé : "Par un singulier paradoxe, le vieux docteur aimait avec une égale passion deux choses opposées : l'idéal et son contraire, la santé parfaite et la pire maladie. Mais quant aux gens prudents, qui s'abstiennent de sauter de peur de tomber, qui ferment leurs fenêtres au vent du large et verrouillent leur esprit, leur coeur et leur bourse contre les timides approches de la vérité et de la pitié, quant aux gens superficiels, papelards et égoïstes, il leur témoignait un mépris si écrasant que bien peu d'entre eux le faisaient appeler deux fois à leur chevet". (page 84)
"La Colline aux Gentianes" est un livre magique et hors du temps. Elizabeth Goudge est portée par la Bonté Divine ; elle tutoie les étoiles. Ses scènes sont comparables à des tableaux de maîtres. Elle mêle divinement alchimie, légende, grandeur et nature.

La quatrième de couverture d'un livre est toujours flatteuse mais pas toujours vraie. Ici, il est précisé que "La Colline aux Gentianes" "se situe dans le droit fil des Hauts de Hurlevent". Après lecture, je peux vous assurer que cette comparaison est tout à fait justifiée.
Elizabeth Goudge*

*La photographie est extraite d'un site qui présente une biographie de l'auteure.

jeudi 12 février 2015

Le "Tour du monde des terres françaises oubliées" : Un livre que vous n'oublierez pas !

A la question "Avec quel auteur voudriez-vous passer vos vacances ?" Pour moi, Bruno Fuligni se placerait dans le peloton de tête. Non seulement, c'est un véritable puits de connaissances, mais c'est aussi une très jolie plume assortie d'humour et d'esprit, ce qui ne gâche rien. Bruno Fuligni, c'est l'érudition sans prétention.

Avec son dernier livre "Tour du monde des terres françaises oubliées", il nous embarque dans un voyage où l'histoire se mêle souvent à l'absurde. Bruno Fuligni démontre que l'on peut écrire des livres divertissants et instructifs (sans pour autant être ch...) C'est rassurant.

143 pages d'un vrai délice ! Le "Tour du monde des terres françaises oubliées" est une invitation à découvrir les contrées les plus reculées, sauvages, mystérieuses... Leurs noms évoquent les épices, l'aventure, les rêveries baudelairiennes, le calme, la volupté... Si les grands comptoirs coloniaux Indiens résonnent encore dans nos mémoires, Mahé, Yanaon, Karibal, Pondichéry, Chandernagor, vous ne trouverez pas traces d'autres dépendances aux noms tout aussi enchanteurs : Balassore, Cassimbazar, Mazulipatam, l'aldée de Goorpordha, Kouang-Tcheou Wan... Remerciez-moi, je viens de vous lister quelques lieux sympathiques où passer vos vacances !

Plus sérieusement, cette poussière d'Inde a été administrée par un certain sieur Courjon, nommé "Fermier général des Loges". M. Courjon (qui avait visiblement pris le melon...) préféra se faire appeler, en toute simplicité, "maharadjah". La République fit donc un "grand roi" par décret ! Ce "grand homme", décidément très investi dans son rôle "quitte sa redingote et revêtit une sorte de stambouli soutaché de soie noire ; il remis dans un carton son chapeau à haute forme et entoura sa tête d'un turban jaune et brun, retenu par des épingles d'or. On le rencontra aux Champs-Elysées portant une ombrelle blanche." (page 9)
Livre paru aux (bien nommées) Editions du Trésor


Une dernière pour la route ! Saviez-vous que "chaque 1er août, à zéro heure, l'empire de la loi française s'agrandit de trois mille mètres carrés... conquis sans qu'il en coûte rien, sans effusion de sang. Hélas ! cette annexion exemplaire ne dure que six mois et, le 31 janvier suivant à minuit, le territoire gagné est rétrocédé à l'étranger". C'est pour le moins curieux, mais tout à fait authentique. C'est sur l'île des Faisans, en 1659, que Louis XIV et le roi de Castille se rencontrèrent pour signer le traité des Pyrénées, qui fît de l'île un condominium franco-espagnol. Ainsi, propriété commune des deux états souverains, ce territoire, en indivision perpétuelle entre Paris et Madrid, change d'administration tous les six mois ! (page 38)

Les sept chapitres sont tout aussi truculents et passionnants les uns que les autres. Je vous incite très vivement à céder au chant des sirènes du "Tour du monde des terres françaises oubliées".

Non, ce n'est pas le foulard de ma grand-mère que j'ai mis en vente sur eBay ! Cette carte fait partie intégrale de la couverture. Dépliée, elle présente tous les territoires français oubliés. Voyant tous ces petits drapeaux tricolores répartis sur la planète, on se sent de suite une plus grande nation. ;)


Bruno Fuligni est aussi l'auteur du succulent ouvrage intitulé "La Tortue d'Eschyle et autres morts stupides" déjà chroniqué sur ce blog. (Re)lire le billet ici.

vendredi 6 février 2015

"Le guide du Paris sucré" : un petit goût de reviens-y !

La fin de semaine s'annonce et le repos (bien attendu) aussi. Depuis quelques semaines déjà, plusieurs connaissances me harcèlent (gentiment mais tout de même) pour avoir des bons plans, de bonnes adresses où il fait bon s'asseoir tranquillement avec un livre ou entre amis, où l'on peut s'oublier et prendre son temps...


Très soucieuse de vous voir profiter de ce week-end dans les meilleurs conditions et de répondre (enfin) à mes amis, je vous présente "Le guide du Paris sucré", de Caroline Mignot, paru aux éditions du Chêne.

Pourquoi ce guide plutôt qu'un autre ?

Tout d'abord parce qu'il est récent ! Les chasseurs de nouvelles adresses et autres aficionados de pâtisseries à tomber le savent bien : certains lieux sont à peine ouverts qu'il sont déjà fermés ! Mieux vaut donc avoir un guide trrrrrrrès récent au risque de trouver porte close...

Ensuite, parce qu'il est bien conçu et complet. On y trouve facilement ce que l'on cherche (pâtisseries classiques et créatives, confiseries, glaces, chocolats...) et on repère facilement les adresses correspondantes (liste alphabétique, classement par arrondissements et par régions).
Ensuite, parce qu'il est joliment illustré. Il donne envie de tout dévorer ! La preuve ci-dessous.
Des pâtisseries pour le moins...

alléchantes !


Cependant, je suis un peu restée sur ma faim. En effet, j'aurais aimé que l'auteure dédie un chapitre de son guide aux salons de thé ! Je vais réparer cet impair en vous dévoilant mes deux meilleures adresses à Paris. Elles ont les mêmes points communs :
  • Nul besoin de chausser un cornet acoustique pour entendre les confidences de vos amis.
  • La qualité des produits est irréprochable.
  • On ne vous fera jamais sentir qu'il est temps de déguerpir pour laisser la place à d'autres.
  • Un voyage hors du temps dans un cocon de luxe et de volupté.
  • Une ambiance feutrée sans être guindée. Ni frime ni tape à l'oeil !

Le meilleur brunch et tea time :

Hôtel Le Daniel
Relais et Châteaux situé à deux pas des Champs-Elysées. Un personnel aux petits soins et un décor chaleureux. Le brunch et l'afternoon tea sont divins et les produits excellents. Scones faits maison et thé servi à discrétion. Les pâtisseries sont signées Philippe Conticini. Attention, ça change au fil des saisons. Vous pourrez somnoler dans un fauteuil ou dormir dans un canapé personne ne vous dérangera.
Réservation impérative !

Le meilleur endroit pour boire un thé.
Hôtel Régina.
C'est le dernier palace de la capitale à être encore détenu et dirigé par une famille française. Le bar de l'hôtel Régina est idéalement situé en face du Musée des Arts Décoratifs et du Jardin des Tuileries. C'est un lieu propice à la lecture, calme et spacieux. Après une bonne promenade ou visite aux musées proches, c'est l'endroit rêvé pour se détendre et se réchauffer avec un bon thé et une pâtisserie. Les douceurs viennent, pour le moment, de chez Ladurée, mais seront très bientôt remplacées par des pâtisseries concoctées par le chef pâtissier maison.
Toutes les infos.

Si vous avez aussi de bonnes adresses à partager, n'hésitez pas !

samedi 31 janvier 2015

"Fabergé de la cour du tsar à l'exil", de la naissance à la fin d'une dynastie incroyable

J'aime l'Histoire, j'aime découvrir des personnalités atypiques, j'aime les artistes... Je cherche, je fouine, j'investigue et je trouve plusieurs ouvrages dédiés au bijoutier et joaillier Carl Fabergé. Le premier qui a mes faveurs est intitulé "Fabergé de la cour du tsar à l'exil" de Caroline Charron, paru aux Editions Complicités. En se fiant uniquement au titre, ce livre a tout pour me plaire. Ce fut le cas !

Il ne s'agit pas seulement d'une biographie, très sérieusement documentée, sur Carl Fabergé mais c'est aussi et surtout la folle épopée d'une époque. Celle où les artistes, à l'instar des Compagnons du tour de France, faisaient le tour d'Europe pour apprendre et acquérir les meilleures techniques de leur art. "Fabergé de la cour du tsar à l'exil" retrace le destin inouï de cette illustre famille qui a tant contribué à la création de l'orfèvrerie et de la bijouterie.
La chronologie sert de trame à ce livre qui mêle la petite histoire (celle de trois générations de Fabergé) à la grande Histoire (les destins tragiques des derniers tsars de Russie, la montée des révolutionnaires, la première Guerre Mondiale, la fin de l'autocratie et la révolution).

Protestants, les Fabergé quittent  la France pour échapper à la barbarie. Ils se réfugient en Allemagne puis décident de fonder leur prometteuse entreprise à Saint-Petersbourg.

Le génie créatif de Carl Fabergé ne se limite pas à ses célèbre oeufs. Cependant, ils lui ont permis d'atteindre une notoriété hors des frontières de l'Empire. "Il faut trouver quelque chose de plus original pour la tsarine, lança Carl en regardant Agathon par dessous sa tasse de thé brûlant. Lorsque que j'étais à Paris, j'ai vu ces oeufs sublimes, contenant une surprise... Louis XV et Louis XVI en offraient pour Pâques. Ca m'a rappelé celui qui est à Dresde, au musée Grünes Gewölbe, tu t'en souviens ?" (page 113)

Fabergé est un artiste avant d'être un commerçant. A un journaliste qui l'interroge sur ses concurrents, Carl donne cette réponse qui illustre bien son état d'esprit :
Livre paru aux Editions Complicités

"Si on veut comparer mon travail à celui de maisons comme Tiffany, Boucheron ou Cartier, on trouvera certainement beaucoup plus d'objets précieux chez elles... Elles peuvent certainement proposer un collier à 1,5 million de roubles. Mais ce sont plus des gens de commerce que des artistes bijoutiers. Un objet de valeur ne m'intéresse pas si son prix réside seulement dans l'abondance de perles et de diamants." (page 145)

Portrait de Peter Carl Fabergé

Patron humaniste et attentif, il n'échappera pourtant pas à la folie bolchevique qui s'emparera de toute la Russie, tuant et pillant tout sur son passage.

"Les réunions politiques m'ennuient. Je préfère écouter mes ouvriers sur des questions concrètes auxquelles je peux répondre.
Les ateliers Fabergé qui comptaient plus de deux cents personnes jouissaient d'une extraordinaire paix sociale. Carl Fabergé n'avait pas attendu les revendications de la rue pour accorder ce qu'il estimait être des conditions de travail décentes à ses employés. Si ces derniers travaillent parfois plus de dix heures par jour en période chargée, les heures supplémentaires leur étaient toujours payées, et ils bénéficiaient en outre de salaires au-dessus de la moyenne. Paternaliste, Carl s'occupait également de l'éducation des jeunes, de la santé et de la retraite des anciens qu'il gardait aussi longtemps qu'ils le souhaitaient. La fidélité et l'expérience avaient toujours été valorisées chez Fabergé, et des démissions étaient très rares." (page 164)

La fin n'en sera pas moins impitoyable et cruelle...
"La maison Fabergé n'existe plus ! J'ai dû signer leurs documents, nationalisant l'entreprise fondée par mon père il y a soixante-treize ans". (page 274)

Une fois de plus les Fabergé devront fuir pour survivre. Fuir la Russie qui aura été leur terre d'accueil durant des décennies. Ruinée, meurtrie et disloquée, la famille Fabergé parcourra l'Europe en quête d'un nouvel asile.

Caroline Charron a su savamment équilibrer son récit entre "histoire vraie" et "roman". D'ailleurs, elle précise, en préambule, les noms des personnages avec lesquels elle a pris quelque liberté. Si vous aimez les personnages brillants, les trajectoires cassées, les Arts et la Russie, vous adorerez, comme moi, "Fabergé de la cour du tsar à l'exil".

Pour parfaire vos connaissances sur Fabergé
LE livre référence de l'oeuvre de Fabergé.


Caroline Charron mentionne dans les sources de son livre un ouvrage extraordinaire qui retrace de manière exhaustive toutes les pièces, les designers, les fournisseurs, les clients... de la maison Fabergé. "A comprehensive reference book", paru aux éditions Slatkine, est LE livre référence incontournable.
Livre exclusivement en anglais.


Eh, oui tout ça pour ça...
Dans le Saint-Petersbourg du XXIème siècle, l'argent et la propriété ne sont plus ennemis... Ils font même très bon ménage. Les aristocrates sont morts, leurs palais sont aujourd'hui occupés par de puissants et richissimes oligarques. Si vous avez le bonheur de vous balader le long du canal Fontanka, non loin de l'Ermitage et du café Singer, vous découvrirez le palais Chouvalov qui est devenu le Fabergé Museum. Entièrement rénové, c'est un lieu fastueux croulant sous le marbre et les dorures. Cet écrin, ouvert aux visiteurs, accueille la collection de 1 500 pièces signées Fabergé, appartenant à Viktor Vekselberg.

Musée Fabergé ouvert en juin 2014 à Saint-Petersbourg.

jeudi 22 janvier 2015

C'est le moment de lire "Esprit d'hiver" de Laura Kasischke. Brrrrr, brrrrr, gla, bla !

Un temps à rester chez soi bien au chaud. Un temps à dévorer un polar qui vous fait froid dans le dos. Jetez-vous avidement sur "Esprit d'hiver" de Laura Kasischke vous ne serez pas déçu. "Esprit d'hiver", premier polar que je découvre de cette auteure, remplit parfaitement la triple mission d'être un livre bien écrit, avec une intrigue bien ficelée et une fin qui vous laisse bouche bée. Pas mal, non ?

Le réveillon se prépare chez Holly et Eric, un couple ordinaire d'américains moyens. Tout est apparemment très banal. Eric part à l'aéroport accueillir ses parents. Holly reste à la maison en compagnie de sa fille Tatiana. Mais étrangement ce matin tout va mal. Holly se réveille très en retard. Tatiana est d'une humeur irascible. Le déjeuner de Noël ne sera jamais prêt à temps. Le blizzard se lève et s'installe dangereusement sur la région. C'est dans cette atmosphère pesante et inquiétante à la fois que les souvenirs d'Holly remontent à la surface... L'atavisme familial qui condamne les femmes de sa famille à mourir jeunes. La longue thérapie pour vivre avec ses démons. La passion pour l'écriture et la poésie. L'adoption en Sibérie, 13 ans plus tôt, de sa fille chérie. Des réminiscences vont émerger de plus en plus fortes et claires. Elle s'interroge, persuadée que "Quelque chose les aurait suivis depuis la Russie jusque chez eux ?"

"Il y a autre chose ? avait demandé Eric à Anya, en cette journée de printemps de Sibérie avant qu'ils ne passent la porte de l'orphelinat Pokrovka n°2 pour retourner chez eux avec leur superbe fille. Nous avons juste besoin d'être informés afin de savoir ce dont elle aura besoin. A l'avenir. Vous voyez. Etes-vous au courant d'une quelconque maladie dans l'histoire familiale ? 
Edition Le Livre de Poche n° 33505


Eric et Holly avait remarqué le regard dur qu'une des infirmières avait adressé à Anya quand cette dernière avait répondu dans son anglais énigmatique et étrangement poétique : "La soeur, oui, née pour mourir. Même maladie que la mère." (page 246)

Pas question de vous gâcher l'intrigue en vous en disant plus ! Je peux juste vous confier que la chute est à la fois surprenante et émouvante.

Comme je vous le disais en préambule, "Esprit d'hiver" est un aussi thriller bien écrit. Laura Kasischke cite, entre autres, le poète Hongrois Miklos Radnoti. "Nombre de ses poèmes étaient des fragments d'amour destinés à l'épouse de Radnoti et, à l'université, Holly avait appris par coeur la traduction de presque tous ces poèmes, bien qu'elle ne se rappelât aujourd'hui que ces vers : Mais ton image demeure dans ce grand bousculement, au fond de moi lumineuse, et stable éternellement, tel l'ange qui fait silence devant le monde détruit, l'insecte qui fait le mort au creux de l'arbre pourri..." (page 225)

Vous passerez en compagnie de Laura Kasischke et de son "Esprit d'hiver" de délicieuses heures de plaisir livresque.

jeudi 15 janvier 2015

"84, Charing Cross Road" : la déclaration d'amour livresque d'Helene Hanff

Si vous vouez un amour vrai aux livres, "84, Charing Cross Road" ne peut pas vous laisser indifférent. C'est une véritable déclaration d'amour ! L'auteure, Helene Hanff qui vit à New-York adresse, en 1949, une première lettre à Frank Doel, libraire en livres rares, installée à Londres. Elle lui demande sans cesse de dégoter des éditions perdues, des traductions improbables ou même des ouvrages qu'elle pourrait trouver à deux pas de chez elle... Qu'importe ! Cette relation commerciale débutée ne s'arrêtera plus. Leur correspondance va perdurer jusqu'en 1969 et prendre peu a peu la forme d'une intimité intellectuelle.

Vingt années de correspondance ! Mais ça doit être indigeste et soporifique, direz-vous. Tout faut ! Ce livre pourrait, en effet, tourner au drame voire au carnage tant l'exercice est difficile sur la durée. Et puis, n'est pas Madame de Sévigné qui veut... Mais Helene Hanff a un talent unique d'épistolière... et ça change tout ! Alors, ces vingt années de lettres échangées passent comme une lettre à la Poste !

Ce n'est pas pour rien que "84, Charing Cross Road" est un livre culte ! Outre le charme désuet des années 50 et 60 qui transpire, c'est un fabuleux voyage dans la littérature anglaise. Une occasion unique de redécouvrir Izaak Walton, John Henry Newman, Samuel Pepys, John Donne, Jane Austen, Georges Bernard Shaw... Oui, vous avez raison, Helene est une lectrice exigeante !

Helene Hanff est passionnée et insatiable. A propos d'une édition originale de "L'Idée d'université" de Newman, elle écrit : "Oui, je la veux. Je ne pourrai plus me regarder dans une glace. Je ne me suis jamais intéressée aux éditions originales en tant que telles, mais une édition originale de CE livre-là ! Bon sang ! Je le vois déjà". (page 28)
Edition Livre de Poche n°15575


Elle taquine et houspille toujours l'ami-libraire. "Vous me donnez le tournis à m'expédier Leigh Hunt et la Vulgate comme ça, à la vitesse du son ! Vous ne vous êtes probablement pas rendu compte, mais ça fait à peine plus de deux ans que je vous les ai commandés. Si vous continuez à ce rythme-là vous allez attraper une crise cardiaque". (page 58)

Elle est d'une redoutable drôlerie.  "J'espère que vous et Nora avez passé de bonnes vacances. J'ai passé les miennes à Central Park, mon cher petit dentiste, Joey, m'avait accordé un mois de vacances (il était parti en voyage de noces - c'est moi qui ai financé le voyage de noces !). Vous ai-je raconté qu'au printemps dernier il m'a dit qu'il me fallait faire couronner toutes mes dents ou sinon les arracher toutes ? J'ai décidé de les faire couronner parce que j'ai pris l'habitude d'avoir des dents. Seulement ça coûte une somme astronomique. Elisabeth devra donc se passer de moi pour monter sur le trône. Pour les deux ou trois années à venir, les seules couronnes que je verrai seront celles de mes dents". (page 84)


Au fil du temps, va se nouer une amitié, non seulement avec Frank Doel, mais aussi avec tout le personnel de "Marks and Co, libraires". Suite aux nombreux colis de nourriture envoyés durant la période de rationnement, les libraires offriront à Helene un livre rare accompagné d'une dédicace. Celle-ci leur répondra, "J'aurais préféré que vous écriviez la dédicace sur la page de garde et pas sur un bristol par excès de politesse. Mais le libraire a parlé en vous tous : vous avez craint de faire perdre de sa valeur au livre. Cela lui en aurait fait gagner aux yeux de son actuelle propriétaire (et peut-être d'un propriétaire futur. J'adore les dédicaces sur les pages de garde et les notes dans les marges, j'aime ce sentiment de camaraderie qu'on éprouve à tourner les pages que quelqu'un d'autre a déjà tournées, à lire les passages sur lesquels quelqu'un, disparu depuis longtemps, attire mon attention. (page 47)

Helene projette à maintes reprises un voyage à Londres, sans cesse repoussé faute de moyens. La fille d'une amie visite la librairie lors d'un passage dans la capitale et lui en dresse la description :

"C'est la plus ravissante des vieilles boutiques, sortie tout droit de Dickens, tu en serais folle. Il y a des éventaires à l'extérieur, je me suis arrêtée et j'ai feuilleté quelques trucs juste pour avoir l'air d'un amateur de livre avant d'entrer. A l'intérieur, il fait sombre, on sent la boutique avant de la voir et c'est une bonne odeur mais pas facile à décrire - un mélange de renfermé, de poussière et de vieux, de boiseries et de parquet... Il y a des kilomètres de rayonnages. Du plancher au plafond. Ils sont très vieux et presque gris, comme du vieux chêne qui a absorbé tellement de poussière avec les années qu'il n'a plus sa couleur naturelle." (page  50)
Photo: National Library of Australia, Alec Bolton 1969


Petite Bibliothèque Payot n°510

Helene Hanff rêve de la Grande-Bretagne, "Ecrivez-moi je vous en prie, et parlez-moi de Londres, je rêve du jour où je descendrai du train-paquebot et où je poserai le pied sur ses trottoirs crasseux... Un journaliste que je connais, qui était en garnison à Londres pendant la guerre, dit que les touristes viennent en Angleterre avec des idées préconçues, si bien qu'ils trouvent exactement ce qu'ils sont venus chercher. Je lui ai dit que j'aimerais aller à la recherche de l'Angleterre de la littérature anglaise et il m'a répondu : "Elle y est bien". (page 24)

"Après toute une vie d'attente" et grâce au succès de la sortie de son livre en Angleterre, en juin 1971, Helene traverse (enfin) l'Atlantique ! Enchantée et émerveillée par ce pays auquel elle rêve depuis si longtemps, elle doit, devant le 84, Charing Cross Road, admettre douloureusement qu'elle a manqué pourtant le plus important de ses rendez-vous : l'ami-libraire Frank Doel est mort et la librairie Marks and Co. est fermée pour toujours...

Elle racontera son voyage dans "La duchesse de Bloomsbury Street".

J'attends le printemps et promis, je me mets aussi sérieusement au ménage...

"Je fais le ménage de mes livres chaque printemps et je jette ceux que je ne relirai jamais, comme je jette les vieux vêtements que je ne remettrai jamais. Ca choque tout le monde. Mes amis sont soigneux avec les livres. Ils lisent tous les best-sellers, ils les parcourent le plus vite possible, en en sautant beaucoup de passages, je crois. Et comme ils ne les relisent JAMAIS, un an après ils ne se rappellent plus un traître mot. Cependant ils sont profondément choqués de me voir jeter un livre à la corbeille ou le donner à quelqu'un." (page 83)

Helene Hanff est si attachante et extravagante tout en étant généreuse et attentive aux autres qu'il est difficile de se séparer d'elle. La longueur de ce billet en est la preuve...